Un discurso de finales del mes de enero sobre la relación entre
Europa y América Latina. Está en francés que es la versión que tengo,
espero que les parezca interesante. Saludos, Rafael
4EME FORUM EUROPE-AMERIQUE LATINE
ALLOCUTION DE LA MINISTRE DELEGUEE
A LA COOPERATION, AU DEVELOPPEMENT
ET A LA FRANCOPHONIE,
MME BRIGITTE GIRARDIN
Paris, 30 janvier 2006)
Monsieur le Président de la Banque interaméricaine de développement,
Monsieur le Président du forum,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,
L'Amérique latine a connu, ces dernières années, une évolution
remarquable. Souvent, les constitutions ont été modernisées. De
nombreux efforts ont été faits pour répondre aux nouvelles
revendications identitaires et culturelles. Des lois de
décentralisation, parfois audacieuses, ont été adoptées. La défense
des Droits de l'Homme a été confortée. Argentine, Bolivie, Brésil,
Chili pour ne citer que quelques cas : ces évolutions vont toutes
dans le même sens. Et ce mouvement s'amplifie. Les économies sont
mieux gérées, les institutions plus solides. Les élections se
déroulent sans heurts, et nous voulons croire que les coups d'Etat
appartiennent au passé.
Presque deux siècles après les grandes épopées libératrices de
Bolivar, de Miranda, de San Martin, de Sucre et d'autres héros, les
peuples et les gouvernements latino-américains sont à la recherche de
nouvelles dynamiques, qui favorisent des rapports humains plus justes
et plus équilibrés au sein de leurs sociétés démocratiques, et des
solidarités pratiques entre leurs Etats.
C'est aussi le cas des Européens qui construisent, depuis le début
des années cinquante sur leur continent meurtri par les guerres, un
projet nouveau : celui de l'interdépendance et de la paix, autour de
la réconciliation de la France et de l'Allemagne.
Cet avenir, il nous revient de le construire, par delà les deux rives
de l'Océan et de l'histoire, en affrontant ensemble les risques de
notre temps : terrorisme, prolifération des armes de destruction
massive, intégrisme, développement des réseaux mafieux, du crime
organisé et du trafic de drogue. Il nous faut relever aussi le défi
de l'économie, de la pauvreté et de son cortège de misères et de
violences. L'ouverture économique est nécessaire mais, dans un
continent où les inégalités sociales sont particulièrement marquées,
la croissance économique retrouvée doit profiter au plus grand
nombre, ne serait-ce que pour garantir la stabilité des sociétés.
La solidarité doit se traduire d'abord dans la cohésion régionale,
qui permet de constituer de vastes ensembles de paix et d'échanges.
Cette dynamique d'intégration est déjà en marche : avec la communauté
andine des Nations, Mercosur, Système d'intégration de l'Amérique
centrale, communauté sud-américaine des Nations, CARICOM : à chaque
fois, il ne s'agit pas seulement d'unir les économies mais aussi de
construire, ensemble, des projets politiques. Car, en dépit de leurs
différences, les Latino-Américains ont affronté les mêmes problèmes
au cours des dernières années. C'est pourquoi ils sont de plus en
plus enclins à envisager leur avenir à l'échelle du continent. Comme
je le rappelais au début de mon propos, cette décennie a vu la
consolidation de la démocratie et de l'Etat de droit, consolidation
dont le Chili vient de nous donner une illustration exemplaire.
Mais cet acquis est fragilisé par les difficultés financières et
sociales. Une chose est claire : la pauvreté, la faim et l'exclusion
demeurent le défi principal qu'affronte la région. Elles poussent
nombre d'individus vers des activités illégales, voire criminelles.
Elles peuvent aussi conduire les citoyens à s'interroger sur
l'efficacité du système démocratique.
Après la cohésion régionale, le deuxième axe de cette solidarité se
trouve dans la coopération entre l'Europe et l'Amérique latine.
Cette coopération est tout d'abord politique.
Après le premier Sommet UE-Amérique latine et Caraïbes de Rio de
Janeiro, en 1999, qui a jeté les bases d'un "partenariat stratégique"
et le Sommet de Madrid, en 2002, celui de Guadalajara, en mai 2004, a
centré les discussions autour du multilatéralisme et de la cohésion
sociale. Nous avons progressé : le Sommet de Vienne, au mois de mai
prochain, devra traduire ces avancées.
Nous partageons les mêmes sensibilités face aux problèmes du monde.
Nos divergences, notamment au sujet de l'agriculture, ne peuvent pas
nous faire oublier nos convergences. L'Europe et l'Amérique latine
doivent se tourner l'une vers l'autre pour promouvoir les valeurs
qu'elles défendent. Elles doivent aussi mettre en commun leurs
volontés au service de leur croissance économique et du bien-être de
leurs habitants.
Cette coopération est aussi économique.
Déjà, l'Europe est le second partenaire commercial de l'Amérique
latine et le premier investisseur étranger dans la région.
- L'accord d'association UE-Mexique, entré en vigueur en octobre
2000, a conduit à une augmentation sensible de nos échanges
commerciaux.
- L'accord d'association UE-Chili, entré en vigueur en mars 2005, est
ambitieux et permettra de renforcer davantage nos relations
politiques et économiques.
- S'agissant de la communauté andine et de l'Amérique centrale, nous
poursuivons les objectifs fixés lors du Sommet de Guadalajara, qui a
marqué l'engagement de l'UE à ouvrir les négociations sur des accords
d'association avec ces régions.
- Pour ce qui est du Mercosur, l'Union européenne a poursuivi avec
lui, depuis l'an 2000, des négociations sur un accord d'association
incluant une libéralisation des échanges. Nous attendons des progrès
qui répondent aux concessions que l'UE a faites à la réunion de
l'OMC, à Hong Kong, notamment en s'engageant à mettre fin aux
subventions à l'exportation des produits agricoles d'ici 2013. La
prochaine rencontre des négociateurs à Montevideo, en février, puis
la réunion ministérielle UE-Mercosur, au printemps, à Buenos Aires,
devraient permettre de progresser.
Je rappelle que, si l'UE est le second partenaire commercial de
l'Amérique latine, elle est le premier du Mercosur et du Chili, avec
des échanges de plus de 100 milliards d'euros.
Les exportations latino-américaines sont aussi favorisées par le
système de préférences généralisées, en particulier le "SPG drogue"
pour les pays andins et d'Amérique centrale, dont la version révisée
pour 2006-2008, est entrée en vigueur le 1er juillet 2005.
La coopération traite aussi du développement. L'UE est le principal
donateur d'aide au développement en faveur de l'Amérique latine.
L'aide communautaire, qui est financée par la France à hauteur de 17
%, représente à elle seule 500 millions d'euros par an. Parmi les
programmes existants, on peut citer URBAL pour les collectivités
locales, ALBAN pour l'enseignement supérieur et ALIS pour les
nouvelles technologies.
Notre coopération pourrait être renforcée davantage dans les domaines
de la cohésion sociale ; C'est l'objectif du programme "Eurosocial"
que nous avons directement inspiré avec nos partenaires espagnols.
Elle devra également s'amplifier dans la lutte contre la drogue dont
la production et le trafic menacent autant la santé des populations
que l'ordre interne des Etats.
Notre coopération doit enfin se renforcer autour du thème
des "mécanismes innovants de financement" au sujet duquel les
présidents Chirac, Lagos et Lula ont pris, depuis 2004, une
importante initiative qui a notamment conduit à la mise en place
d'une contribution de solidarité sur les billets d'avion. Nous
souhaitons que le plus grand nombre de pays se rallient à cette
initiative.
Dans cette perspective ambitieuse, la France est un trait d'union
entre nos deux régions. Parce qu'elle est, comme vos pays, le produit
d'un brassage de populations marqué par la latinité. Parce qu'elle
est présente sur le continent par ses départements d'Amérique. Parce
que depuis les grands idéaux de la Révolution française, nos destins
se sont croisés sans cesse au fil des siècles. Aux luttes
d'émancipation ont succédé la construction d'institutions politiques
et l'adoption de législations modernes : combien de vos grands
juristes ont su adapter au génie propre de vos nations l'influence du
droit venu de France ?
La France aime l'Amérique. La France rêve d'Amérique. La France est
d'Amérique : par la géographie, par l'histoire et par le cœur. En
1964, le général de Gaulle, appelait à "un resserrement des rapports
entre l'Amérique latine et la France pour aider le monde à s'établir
dans le progrès, l'équilibre et la paix". Ces liens se sont noués par
l'action des pouvoirs publics, par celle de nombreuses ONG, par le
talent de nos artistes et par le dynamisme de nos entreprises. Le
président de la République et les membres du gouvernement reçoivent
régulièrement leurs homologues latino-américains ou ont visité nombre
de vos pays. J'étais moi-même il y a quelques jours en Bolivie à
l'occasion de l'investiture du président Morales, et j'y ai croisé
plusieurs chefs d'Etats du continent.
Vos créateurs et vos institutions culturelles promeuvent votre
patrimoine et vos arts, comme ce fut le cas pendant la
saison "Brésil, Brésils", l'an passé ; comme ce sera le cas ce
printemps avec l'exposition "de Chavin aux Incas" au Petit Palais.
Parfois, ils résident à Paris, comme Botero, comme feu Soto. Les
étudiants latino-américains qui viennent en France, plus de 10 000
chaque année, contribuent à mieux y faire connaître votre continent.
Ce mouvement n'est pas à sens unique : chaque année, de plus en plus
de jeunes Européens vont en Amérique Latine pour y étudier ou y
travailler. Ces convergences nous montrent les pistes d'un
partenariat renforcé entre l'Union européenne, dont la France, et
l'Amérique latine.
Première piste de ce partenariat renforcé : Le rôle de l'Etat.
Nous pouvons nous enrichir de nos expériences nationales pour tenter
d'apporter des réponses aux questions qui se posent en permanence sur
les modes de gestion des collectivités locales, sur l'interaction
entre les pouvoirs publics et les organisations non gouvernementales,
sur le rôle de l'Etat dans les services publics et la gestion des
ressources naturelles, sans décourager les investisseurs étrangers.
S'agissant de modèles de développement économique et social, nous
partageons la conviction que l'Etat doit avoir une capacité
d'impulsion et une fonction de garant des intérêts collectifs, pour
prendre en compte, à la fois la souplesse de l'économie de marché et
les besoins sociaux non couverts par celle-ci. Ceci implique un
engagement de l'Etat afin de réduire les inégalités et de mieux
protéger les populations contre les chocs économiques. Il faut
trouver aujourd'hui le juste équilibre entre la responsabilité sur le
plan financier et la prise en compte de la dimension sociale, la
première étant la condition du succès de la seconde.
Deuxième piste : Le renforcement de l'intégration régionale.
Nous pouvons, nous, Européens, vous apporter l'expérience de
cinquante ans d'efforts continus, même s'il n'existe pas de solution
unique dans ce domaine. De plus, les processus d'intégration peuvent
traverser des périodes d'accélération ou de ralentissement. Nous
gagnerons en retour à bien connaître vos efforts pour renforcer les
structures existantes et les rapprocher. Nous regardons ainsi avec
beaucoup d'intérêt la coopération développée par les pays du bassin
amazonien pour préserver et mettre en valeur ce patrimoine commun. Ce
dernier thème retient particulièrement l'attention de la France, qui
affirme, en Guyane, sa responsabilité de pays amazonien et souhaite,
pour cette raison, participer à l'Organisation du Traité de
Coopération amazonien (OTCA) à l'occasion du sommet de l'organisation
qui se réunira, cette année, en Equateur.
Troisième piste : L'action multilatérale.
Une Amérique latine plus stable, plus intégrée, sera mieux à même de
contribuer à l'action multilatérale. J'ai pu constater en me rendant
en Haïti il y a quelques mois que le continent s'était déjà
résolument engagé dans cette voie.
Nous avons un attachement commun et profond au multilatéralisme. Les
priorités des Nations unies sont les vôtres comme les nôtres :
nouvelles menaces, développement humain, développement durable. Sur
ce dernier point, vous savez que nous sommes partisans de la création
d'une Organisation des Nations Unies pour l'environnement. Renforçons
notre concertation pour agir ensemble, afin d'avoir une capacité
accrue d'initiative et d'impulsion.
Nous l'avons constaté tout au long de l'année écoulée, il y a dans
vos pays une forte aspiration à la primauté de la règle de droit
international, qui doit s'exprimer dans le cadre des instances
internationales appropriées. Comme vous, nous pensons que l'ONU doit
être modernisée et renforcée, en tant qu'instance universelle de
réponse collective aux défis globaux.
Ceci nous amène à un autre principe, celui de la multipolarité. La
question n'est pas d'être pour ou contre : la multipolarité est une
réalité des relations internationales. L'Amérique latine et l'Union
européenne en témoignent. La multipolarité est le gage d'un dialogue
plus équilibré. Elle n'implique pas une opposition. Pas plus que
l'Europe, l'Amérique latine ne doit ni ne peut se construire par
opposition à d'autres puissances.
Quatrième piste : La culture.
L'Amérique latine possède au Brésil, à Quito, à Carthagène, dans le
Yucatan, ou encore au Machu Pichu, un patrimoine extraordinaire. La
France reconnaît la force et les atouts que représente la
reconnaissance du rôle des peuples premiers.
L'Amérique latine donne également au monde des créateurs de dimension
universelle. Qu'il s'agisse d'écrivains, de peintres, d'architectes,
de cinéastes, de chanteurs, la diversité culturelle, pour vous comme
pour nous, n'est pas seulement un sujet de débats. Elle ne se limite
pas à une convention internationale - même si le texte adopté à
l'Unesco, avec le soutien massif de nombreux pays latino-américains,
est de grande importance.
La diversité culturelle c'est d'abord une pratique quotidienne. C'est
pourquoi, comme la France, plusieurs de vos pays ont élaboré une
politique de soutien à la production culturelle. Cette politique doit
s'exprimer aussi par une coopération universitaire renouvelée. Déjà,
cette coopération est très riche entre la France et vos pays. La
France a initié, en 2000, la construction d'un "espace commun
d'enseignement supérieur Amérique latine et Caraïbes - UE", afin de
renforcer les échanges universitaires. La Commission européenne a
repris cette initiative. Il nous paraît, en tout état de cause,
indispensable que les étudiants français, latino-américains ou de
nationalité tierce, qui obtiennent le baccalauréat dans les nombreux
établissements d'enseignement français en Amérique Latine, puissent
entrer sans entrave et indistinctement dans les universités
françaises ou latino-américaines.
Mesdames, Messieurs,
Depuis cette première rencontre, où deux mondes qui s'ignoraient ont
mêlé leurs destins, à l'aube du 12 octobre 1492 sur la plage caraïbe,
nous avons une obligation : celle de faire fructifier, pour le
progrès de nos pays et la dignité de tous les peuples qui les
composent, un héritage inestimable, fondement inaltérable d'une
vision partagée de notre avenir commun. Comptez sur la France pour
que l'Europe vous accompagne dans cette démarche empreinte d'espoir./.