Après une lettre des évêques de Saint-Sébastien, Bilbao et Vitoria
qui estimaient que l’illégalisation de Batasuna allait “ heurte=
r de
front la cause de la paix et aggraver la confrontation civique ” au
Pays basque espagnol, c’est au tour de 358 prêtres du Pays basque
espagnol et français de donner du grain à moudre aux acteurs du débat
en se prononçant en faveur du “ droit à l’autodétermination =
221;, dans
une lettre adressée aux cinq évêques du Pays basque (les trois cités
plus haut et ceux de Bayonne et de Pampelune). Les 358 noms demeurent
confidentiels, mais ils sont authentifiés par cinq prêtres, un par
diocèse, dont Adolphe Anchordoquy, du diocèse de Bayonne.
Que dit le texte ? Il définit tout d’abord un “ peuple basque &=
#8221; dont
l’“ identité collective ” est constituée par une “ =
culture d’origine
particulière, une langue spécifique, une histoire autonome, une
implantation territoriale, des projets d’avenir distincts et des
institutions qui lui sont propres […] Prétendre évangéliser en
ignorant, en passant sous silence, en mettant en doute, en niant ou
en combattant l’identité collective de notre communauté basque avec
ses douloureux conflits, c’est contredire le mystère de l’incar=
nation
de Dieu et son exigence d’inculturation […] Il est indéniable q=
u’une
partie importante de notre peuple, en plus de l’authentique
patrimoine qui le caractérise, a clairement conscience d’être une
communauté qu’il désigne sous le nom d’Euskal Herria, peuple
foncièrement attaché à sa langue millénaire : l’euskara ”.
“ Cette conscience constitue et soutient le peuple en tant que tel &#=
8221;,
affirme le texte qui cite Jean-Paul II (Journée mondiale de la Paix,
en 1999) qui déclarait que “ l’une des formes les plus dramatiq=
ues de
discrimination consiste à refuser à des groupes ethniques et à des
minorités nationales le droit d’exister comme tels. Cela arrive
lorsqu’on essaie de les supprimer ou de les déporter, ou encore
lorsqu’on permet d’affaiblir leur identité ethnique jusqu’=
;à la rendre
méconnaissable ” […] “ Nous constations de par le monde l=
e réveil des
petits peuples opprimés qui revendiquent leur droit à l’existence, à =
ne pas être exterminés ou dilués par une globalisation
destructrice ”, ajoute le texte.
[…] “ Une majorité significative de cette population de chez no=
us a
clairement conscience de son identité collective ”, disent les
prêtres […] “ Nous affirmons que la seule valeur démocratique
légitimant le choix de son destin et de son système politique en tant
que nation est la décision consciente, libre et démocratique des
membres de cette population. Ce qui est antidémocratique et contraire
à la morale, c’est de gêner, d’empêcher ou de refuser l’e=
xercice de
ce droit fondamental à l’autodétermination ” […]
Les signataires réclament une “ église basque entièrement inculturée =
en Euskal Herria, réunie dans une seule administration pastorale, au
sein d’une province ecclésiastique basque tant de fois sollicitée =
221;.
L’avis du diocèse de Bayonne
Le vicaire général Camino, au diocèse de Bayonne, porte un jugement “=
plutôt favorable ” à l’égard du “ ton pastoral ” de=
la lettre des
évêques de Bilbao, Saint-Sébastien et Vitoria. “ Ils craignent les
sombres conséquences d’une illégalisation de Batasuna : en tant que
pasteurs mêlés au peuple, c’est ce qu’ils ressentent comme haut=
ement
probable et ils sont dans leur rôle en l’exprimant. Mais ils
condamnent aussi ETA qui s’attaque à la démocratie et demandent bien =
de faire la distinction entre nationalisme et terrorisme. Enfin, ils
réclament des mesures d’apaisement, avec notamment le rapprochement
des prisonniers. Cette lettre pastorale concerne avant tout Euskadi ”=
.
Pour ce qui est de la lettre des 358 prêtres des diocèses du Pays
basque et de la Navarre, le vicaire général du diocèse de Bayonne
relève qu’elle a été signée par 40 prêtres basques sur 170 et par
seulement 10 % des prêtres officiant en Euskadi et en Navarre. “ Elle=
est le fait d’une coordination de prêtres à sensibilité abertzale.
Elle n’est pas du tout agressive et pleine de respect à l’égard=
des
évêques et de l’Eglise. Elle parle plusieurs fois d’évangélisat=
ion
et, de ce point de vue, ces prêtres sont bien dans leur mission ”.
Le vicaire général reconnaît toutefois qu’elle a “ un peu solli=
cité ”
le texte de la déclaration de Jean-Paul II de 1999, s’agissant de
la “ discrimination ” à l’égard “ des groupes ethni=
ques et des
minorités nationales ” et de “ crimes contre l’humanité &=
#8221;. Utiliser
le propos papal pour illustrer le cas d’“ Euskal herria ”=
, assimilé
ainsi à une tribu indienne d’Amazonie, au peuple tibétain sous le
joug chinois, ou aux Kurdes sous contrôle turc ou irakien, paraît
relever d’un argumentaire non approprié aux yeux du responsable
diocésain. De la même façon, réclamer une seule province
ecclésiastique basque, ou un diocèse unique (ce qui fut accepté par
la conférence des évêques espagnols, mais jamais appliqué) ne tient
pas compte de la spécificité française : on y a affaire à un diocèse
de Bayonne et de Lescar, recouvrant le Pays basque et le Béarn.
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