S O M M A I R E
1. SAHARA-ONU-PLAN BAKER II
- MAP: Début des discussions sur le Sahara au Conseil de sécurité de
l'ONU
- AFP: L'adoption du plan de règlement du problème du Sahara apparaît
douteuse
- AFP: Sahara: Maroc estime "contre productif" le projet de résolution
américain
- AFP: Le Conseil de sécurité d'accord sur un plan de règlement pour le
Sahara
- SPS: Le Front Polisario disposé à contribuer à l'exploration du
nouveau plan Baker
2. RASD-UNION AFRICAINE-SOMMET
- SPS: Le Président de la République s'entretient avec plusieurs de ses
homologues africains a Maputo
- SPS: Arrivée du Président de la République à Maputo pour la 2ème
session ordinaire de l'Union Africaine
- SPS: L'Union Africaine appelle le Conseil de sécurité à garantir le
droit du peuple sahraoui à l'autodétermination
3. SAHARA-TERRITOIRES OCCUPÉS
- TEL QUEL: Nomade's Land
===================
1. SAHARA-ONU-PLAN BAKER II
http://www.map.co.ma/mapfr/info_fr/sahara_conseil.htm
Début des discussions sur le Sahara au Conseil de sécurité de l'ONU
New York (N.U), 12/07/03 - Les discussions sur la question du Sahara ont
commencé vendredi au Conseil de Sécurité de l'ONU qui a tenu une séance
à huis clos sur le sujet.
Les discussions doivent se poursuivre mercredi prochain au niveau des
experts.
Le Maroc avait rejeté les termes du dernier plan proposé par M. James
Baker, envoyé personnel du secrétaire général de l'ONU pour le Sahara,
tel qu'il ressort de la réaction officielle marocaine adressée au
secrétaire général des Nations Unies au sujet dudit plan.
Dans sa réaction, le Maroc avait affirmé également qu'il demeurait
disposé à ouvrir un dialogue en vue de parvenir à une solution juste et
réaliste.
---------
L'adoption du plan de règlement du problème du Sahara apparaît douteuse
(AFP 11/07/2003)
NEW YORK (Nations Unies), 11 juil (AFP) - L'adoption du plan de
règlement du problème du Sahara occidental apparaissait vendredi loin
d'être acquise, le projet de résolution déposé à cet effet par les
Etats-Unis devant le Conseil de sécurité de l'Onu ayant été qualifié de
"contre-productif" par le Maroc qui contrôle l'ancien territoire
espagnol.
L'ambassadeur du Maroc à l'Onu, M. Mohamed Bennouna, a affirmé à l'AFP
que le projet américain "n'avait que trois ou quatre soutiens" parmi les
15 membres du Conseil, alors qu'un projet doit recueillir au moins neuf
voix pour être adopté.
Déposé vendredi par les Etats-Unis lors de consultations à huis clos et
immédiatement distribué à la presse, ce projet affirme que le Conseil de
sécurité entérine le plan de règlement du problème du Sahara occidental
présenté fin mai par l'envoyé spécial de Kofi Annan dans la région,
l'ancien secrétaire d'Etat américain James Baker.
Ce plan - le cinquième en douze ans - prévoit que le statut définitif de
l'ancienne possession espagnole contrôlée par le Maroc depuis 1975, mais
dont le front Polisario, appuyé par l'Algérie, demande l'indépendance,
sera décidé d'ici cinq ans par un référendum.
"Un tel projet de résolution, qui n'a eu que trois ou quatre soutiens,
serait contre-productif parce que, précisément, il fermerait la porte
aux consultations qui sont nécessaires pour progresser dans la voie
d'une solution réaliste et durable" au problème du Sahara occidental, a
déclaré Mohamed Bennouna, interrogé par téléphone.
Inocencio Arias, l'ambassadeur d'Espagne qui assure la présidence du
Conseil de sécurité avait annoncé le dépôt de cette résolution après
avoir indiqué que le Front Polisario et l'Algérie s'étaient déclarés en
faveur du plan de règlement.
"La grande majorité des membres du conseil, a affirmé pour sa part
l'ambassadeur du Maroc, s'est montrée complètement opposée au fait
d'imposer quoi que ce soit aux parties, et notamment au Maroc".
"La grande majorité a estimé qu'on pouvait encourager les parties à
négocier sur un plan qui peut être une contribution positive vers la
recherche d'une solution mais que, à ce stade et sans l'accord des
parties, il n'est question ni de l'approuver ni encore moins de demander
aux parties de le mettre en oeuvre", a encore déclaré le diplomate
marocain.
"Les Américains ont déposé leur projet de résolution sans consultation
préalable", a indiqué à l'AFP une source diplomatique qui a indiqué,
sous le couvert de l'anonymat, que la Russie, comme la France n'y
étaient pas favorables.
Ce projet, qui doit faire l'objet de consultations d'experts au Conseil
de sécurité la semaine prochaine, prolonge également jusqu'au 31 octobre
prochain le mandat de la Mission de l'Onu pour le référendum au Sahara
occidental (Minurso), qui expire le 31 juillet.
Mise en place en avril 1991, la Minurso compte, selon les derniers
chiffres officiels, 229 observateurs militaires appuyés par du personnel
civil, et son budget annuel est légèrement supérieur à 43 millions de
dollars.
Le plan entériné par le projet de résolution américain prévoit, à
l'issue d'une période de quatre ans minimum et cinq ans ans maximum la
tenue d'un référendum.
Dans l'intervalle, une autorité administrative, l'Autorité du Sahara
Occidental, dont le chef exécutif et l'assemblée législative seront
élus, doit prendre en charge ce territoire actuellement occupé par le
Maroc.
Le différend du Sahara occidental, qui empoisonne les relations entre
Rabat et Alger, contraint aussi un peu plus de 150.000 personnes à vivre
sans autre perspective que l'aide alimentaire internationale dans des
camps de réfugiés au milieu du désert.
-----
Sahara: Maroc estime "contre productif" le projet de résolution
américain
NEW YORK (Nations Unies), 11 juil (AFP)
L'ambassadeur du Maroc à l'Onu a qualifié vendredi de "contre
productif" le projet de résolution entérinant un plan de règlement du
problème du Sahara occidental présenté au Conseil de sécurité par les
Etats-Unis.
M. Mohamed Bennouna, dans une déclaration à l'AFP, a également ajouté
que ce texte qui a été distribué à la presse "n'avait que trois ou
quatre soutiens", parmi les 15 membres du Conseil alors qu'un projet
nécessite au moins neuf voix pour être adopté.
"Un tel projet de résolution, qui n'a eu que trois ou quatre soutiens,
serait contre productif parce que, précisément, il fermerait la porte
aux consultations qui sont nécessaires pour progresser dans la voie
d'une solution réaliste et durable" au problème du Sahara occidental, a
déclaré l'ambassadeur du Maroc interrogé par téléphone.
Le président en exercice du Conseil de sécurité avait annoncé vendredi
à l'issue de consultations à huis clos que le Front Polisario et
l'Algérie s'étaient déclarés en faveur du plan présenté à la fin du mois
de mai par l'envoyé personnel du secrétaire général de l'Onu dans la
région, l'ancien secrétaire d'Etat américain, James Baker.
-------
Le Conseil de sécurité d'accord sur un plan de règlement pour le Sahara
NEW YORK (Nations Unies), 11 juil (AFP)
Le Conseil de sécurité des Nations Unies a entériné vendredi un plan
de règlement du problème du Sahara occidental occupé par le Maroc mais
dont le Front Polisario, appuyé par l'Algérie, revendique
l'indépendance, a-t-on appris vendredi aux Nations Unies.
Mis au point par l'envoyé spécial de Kofi Annan dans la région,
l'ancien secrétaire d'Etat américain James Baker, ce plan prévoit que le
statut définitif de l'ancienne possession espagnole sera décidé d'ici
cinq ans par un référendum.
Le Front Polisario, comme l'Algérie, ont indiqué au Conseil lors de
consultations tenues vendredi à huis clos de leur accord de principe sur
ce texte, a-t-il été indiqué officiellement à la suite de la rencontre.
Le Maroc, selon des sources diplomatiques, ont fait part de réticences
qui n'apparraissent cependant pas devoir être insurmontables.
Les Etats-Unis ont déposé un projet de résolution dans lequel le
Conseil de sécurité entérine ce plan, rendu public au siège de l'Onu à
la fin du mois de mai dernier.
Ce projet, qui doit faire l'objet de consultations d'experts au Conseil
de sécurité la semaine prochaine, prolonge également jusqu'au 31 octobre
prochain le mandat de la Mission de l'Onu pour le référendum au Sahara
occidental (Minurso), qui expire le 31 juillet.
Mise en place en avril 1991, la Minurso compte, selon les derniers
chiffres officiels, 229 observateurs militaires appuyés par du personnel
civil international et local.
Son budget pour l'année en cours est légèrement supérieur à 43 millions
de dollars.
Le plan entériné par le Conseil de sécurité vendredi, le cinquième
présenté en douze ans par le secrétaire général de l'Onu, prévoit, à
l'issue d'une période de quatre ans minium et cinq ans ans maximum la
tenue d'un référendum.
Trois options ou questions seront soumises: l'indépendance et
l'intégration au Maroc, deux questions déjà prévues dans un plan
précédent, et une troisième, l'autonomie (au sein du Maroc).
Dans l'intervalle, une autorité administrative, l'Autorité du Sahara
Occidental dont le chef exécutif et l'assemblée législative seron t
élus, prendront en charge ce territoire actuellement occupé par le
Maroc.
D'une superficie d'un peu plus de 280.000 kilomètres carrés
désertiques, le Sahara occidental dispose d'une façade sur l'Atlantique
riches en ressources halieutiques et son sous-sol pourrait receler des
hydrocarbures.
Le différend du Sahara occidental, qui empoisonne les relations entre
Rabat et Alger, contraint aussi un peu plus de 150.000 personnes à vivre
sans autre perspective que l'aide alimentaire internationale dans des
camps de réfugiés au milieu du désert.
---------
http://www.spsrasd.info/sps-120703.html
Le Front Polisario disposé à contribuer à l'exploration du nouveau plan
Baker
New York, 12/07/03 (SPS) - Le Front Polisario s'est déclaré disposé à
apporter sa contibution pour l'exploration du nouveau plan de M. James
Baker sans toutefois abandonner le plan de règlement inicial en vigueur
au Sahara Occidental depuis 1991, a annoncé le représentant de
l'organisation politique sahraouie auprès de l'ONU, Bukhari Ahmed.
"Le Front Polisario, sans abandonner le Plan de règlement de 1991,
serait disposé à contribuer à l'exploration effective de la voie
proposée par M. Baker pour arriver à l'objectf ineluctable
d'autodétermination du peuple sahraoui", a indiqué M. Boukhari dans une
déclaration écrite, dont une copie est parvenue à SPS.
Selon le diplomate sahraoui, cette position est le reflet de la volonté
de Front Polisario à "contribuer à une paix juste et durable
conformément à la légalité internationale", et une réponse aux "désirs
instamment mainifestés par plusieurs pays au sein et en dehors du
Conseil de sécurité parmi lesquels figure l'Algérie et l'Espagne".
010/MPT/000 121124 jul 03 SPS
----------
2. RASD-UNION AFRICAINE-SOMMET
http://www.spsrasd.info/sps-120703.html#2
Le Président de la République s'entretient avec plusieurs de ses
homologues africains a Maputo
(envoyés spéciaux)
Maputo, 12/07/03 (SPS) - Le Président de la République, Mohamed
Abdelaziz, a eu des entretiens avec plusieurs de ses homologues
africains en marge des travaux de la 2ème session ordinaire de l'Union
Africaine (UA), qui se tient dans la capitale mozambicaine, du 10 au 12
juillet courant.
A cet égard, le Chef de l'Etat s'est entretnu avec les Présidents
algérien, Abdelaziz Bouteflika, rouandais, Paul Kagame, botswanais,
Fesis Mogae, malien, Toumani Touré, cap verdien, Pedro Peres et avec le
Premier ministre du Lesotho, Pakalita Mosisili.
Arrivé mercredià Maputo, le Président de la République, qui conduit une
importante délégation sahraouie à cette conférence au sommet a assisté
au dîner de gala offert jeudi en l'honneur des Chefs d'Etats et de
Gouvernements africains par le président mozambicain, Joaquim Chissano.
(SPS)
010/MPT/000 111759 Jul 03 SPS
----------
http://www.spsrasd.info/sps-100703.html
Arrivée du Président de la République à Maputo pour la 2ème session
ordinaire de l'Union Africaine
(Envoyés spéciaux)
Maputo 10/07/03 (SPS) - Le Président de la République, Mohamed
Abdelaziz, est arrivé lundi soir à Maputo (Mozambique), pour prendre
part au sommet des chefs d'Etats et de Gouvernements de l'Union
Africaine (UA) qui se tient du 10 au 12 juillet 2003 dans la capitale
mozambicaine.
Le Président de la République est accompagné par le ministre des
Affaires étrangères, Mohamed Salem Ould Salek, de l'Ambassadeur en
Ethiopie, ambassadeur de la RASD auprès de l'UA, Sadafa Bahia, de
l'ambassadeur au Mozambique, Nema Jumani et du chef de la mission
diplomatique sahraouie en Afrique du Sud, Mohamed Yeslem Beissat.
La République Arabe Sahraouie Démocratique est membre fondateur de
l'Union Africaine qui a remplacé l'OUA au sommet de Durban (Afrique du
Sud) au cours duquel la RASD a été élue parmi les vices présidents de la
jeune organisation panafricaine, rappelle-t-on. (SPS)
010/090/MPT jul 03 SPS
-----------
http://www.spsrasd.info/sps-100703.html#2
L'Union Africaine appelle le Conseil de sécurité à garantir le droit du
peuple sahraoui à l'autodétermination
Maputo, 10/07/03 (SPS) - La deuxième session ordinaire de l'Union
Africaine (UA) a appellé le Conseil de sécurité des Nations Unies à
veiller à ce que le dernier plan de Baker pour la solution du conflit du
Sahara Occidental garantisse aux Sahraouis l'exercice de leur droit
légitime à l'autodétermination, appellant la communauté internationale à
apporter l'aide humanitaire aux réfugiés sahraouis.
Dans la note introductive présentée au cours de l'ouverture de la
deuxième session de la Conférence des Chefs d'Etats et de Gouvernements
de l'UA, qui se tient à Maputo du 10 au 12 juillet, le Président
interimaire de la Commission de l'UA, Amara Essy, a formulé l'espoir que
le Conseil de sécurité de l'ONU "pourra bientôt déterminer si le dernier
plan de paix satisfait toutes les conditions qu'il souhaitaite voir
remplies" lorsqu'il a demandé à Baker de présenter un mécanisme de
réglement du différend "prévoyant l'autodétermination du peuple
sahraoui".
"J'estime que c'est là que réside le défi critique à la détermination et
à la créativité de la communauté internationale qui doit régler ce
différend en garantissant au peuple sahraoui la possibilité de faire
valoir librement son droit à l'autodétermination", a notamment souligné
le rapport.
L'organisation panafricaine a rappelé à cet égard que
l'autodétermination "a toujours été l'objectif du Plan de règlement tel
qu'ultérieurement renforcé en 1997 par les Accords d'Houston acceptés
volontiers par les deux parties dans le cadre de la médiation de M.
James Baker".
M. Essy a en outre déploré les retards enregistrés dans la
décolonisation du territoire. "Douze ans après l'entrée en vigueur du
cessez-le-feu, le Plan de paix dans son ensemble reste pour le peuple
sahraoui une promesse non tenue par les Nations Unies".
Relevant "la précarité indicible""des conditions de vie des réfugiés
sahraouis, le Président de la Commission africaine joint sa voix à celle
des organisations humanitaires internationales "pour lancer un appel à
la communauté internationale pour qu'elle apporte l'aide tant requise
aux refugiés sahraouis qui souffrent depuis si longtemps". (SPS)
010/MPT/000 101242 jul 03 SPS
-------
3. SAHARA-TERRITOIRES OCCUPÉS-CULTURE
http://www.telquel-online.com/tns.php?site=1&rub=read&pid=1956
Nomade's Land
Ecrit par Abla Ababou | 11.07.2003
Non loin de El Aaiún, une famille de nomades nous a entraînés au sein
des coutumes ancestrales du Sahara. Générosité, bravoure et hospitalité
sont toujours demise dans un monde au quotidien difficile.
À une vingtaine de kilomètres de El Aaiún gît la petite oasis de
Lamseid, un îlot de verdure au milieu de nulle part, né dans le lit
asséché de l’oued Sakiat El Hamra. Autour, un paysage rocailleux aux
immenses falaises où souffle un vent brûlant. Place à l’immensité et au
silence. "Un lieu où rien ne différencie la vie de la mort, parce qu’il
suffit d’un écart, d’un moment d’inattention ou simplement d’un accès de
folie du vent surchauffé sur les pierres pour que la terre vous
recouvre, vous prenne dans son néant", écriront Jemia et JMG Leclezio
dans Gens des nuages. C’est non loin de l’oasis qu’une famille de
nomades a planté ses tentes depuis près d’un an. Il suffit de passer
quelques instants parmi ses membres pour bousculer nos repères de
citadins. L’agitation des villes semble bien loin. Ici, c’est la nature
et les valeurs du désert qui ponctuent le quotidien. La maîtresse des
lieux, Sakina, la soixantaine, veille avec fermeté sur sa ribambelle de
filles en âge d’être mariées et sur le bien-être des hôtes de passage.
Malgré les maigres moyens du bord, l’hospitalité et la générosité des
gens du désert sont au rendez-vous. Pas question de faire preuve d’un
appétit de moineau face à la viande de chevreau trempée dans du beurre
rance sucré aux dattes ou de refuser les petits verres du thé corsé et
bien sucré longuement préparé par Aziza, la fille aînée du clan. La
cérémonie du thé peut durer des heures. Elle est toujours réalisée par
une femme. Une fois commencés les préparatifs du breuvage, elle ne
pourra plus s’occuper d’autre chose, ni se lever, tant la tâche est
précise. D’abord chauffer l’eau sur un brasero en terre rempli de
charbon. La petite théière posée au centre d’un plateau en acier sera
alors régulièrement alimentée en eau bouillante pour que le thé ne
refroidisse pas. Le succès de ce breuvage ne se fera pas sans une mousse
onctueuse et sucrée à chaque gorgée. Pour cela, Aziza remplit une
dizaine de fois des fonds de verre qu’elle reverse aussitôt dans la
théière. L’utilisation de la menthe est souvent considérée comme une
hérésie. Au fur et à mesure de ces préparatifs Aziza égrène des volets
de sa vie. Celle-ci ne l’a pas toujours épargnée. Âgée d’une trentaine
d’année, elle a été mariée deux fois. Une première fois pendant huit ans
avec un fonctionnaire de Laayoune qui appartenait à la tribu de son
père. Après 9 fausses couches, son mari avait décidé de prendre une
seconde épouse malgré son amour pour elle. Aziza a alors demandé le
divorce. Quant à ses secondes noces, elles ont duré moins d’un an. Aziza
a aussitôt rejeté ce nouvel époux, balayeur à la baladia de Laâyoune.
Ici, le divorce est monnaie courante. Plus une femme collectionne les
mariages, plus son succès auprès des hommes semble grand. Des habitudes
léguées par leurs voisins mauritaniens. La cadette Alia qui rêve de
mariage et de partir ailleurs s’interfère alors : "Tu as préféré quitter
un homme et un foyer pour finir tes jours dans cet enfer de poussière",
Aziza rétorque par un proverbe du désert : "Mieux vaut le désert plutôt
que les gens nuls". Elle aurait tout de même préféré retourner vivre à
Laayoune. Sa santé ne lui permet plus de supporter les affres du désert.
Diabétique depuis un an, on lui a amputé la moitié du pied gauche à la
suite d’une crise. Sans moyen de locomotion et loin de tout, aujourd’hui
la moindre attaque pourrait lui être fatale. La mère, Sakina, soupire :
"Le désert pour les gens âgés et les gens malades est la pire des
choses". Elle aime pourtant très fort le désert. C’est là qu’elle a
grandi et vécu jusqu’en 1962. Elle se souvient des longues marches de la
tribu vers les points d’eau qui les menaient parfois jusqu’en Mauritanie
pour abreuver les bêtes, alias "haya" en hassania, le dialecte du
Sahara. La répartition des tâches était claire. Les hommes devaient
s’occuper de vendre les chèvres et les chameaux dans les souks, ainsi
que de cultiver quelques légumes. Quant aux femmes, elles étaient
chargées des travaux ménagers, de la préparation des repas, de la
collecte de l’eau dans des gourdes en peau de chèvre et du tissage des
tentes. Tisser une "khayma" (tente) pouvait prendre des années si les
femmes de la tribu ne s’entraidaient pas. Ce n’était jamais le cas, car
solidarité et esprit tribal sont des valeurs fondamentales dans le
désert. Les regroupements ainsi constitués étaient nommés "twiza". Là,
des dizaines de femmes tissaient avec de la laine noire de chèvre des
tentes résistant aux intempéries, dans une ambiance de fête. Une seule
femme peut mettre près de trois mois pour concevoir un pan de la tente.
Douze sont nécessaires. Sakina se souvient aussi des mariages d’antan.
Le sien, avec son cousin germain, avait duré 7 jours. Elle avait 14 ans.
En guise de préparatifs, on lui avait tressé les cheveux, badigeonné les
mains et les pieds de henné, mis du khôl sur les yeux et on l’avait
revêtue d’une "melehfa", la traditionnelle tenue drapée. Une autre tenue
était aussi de circonstance : "el nila". Ce tissu de couleur bleue
déteint sur la peau des femmes, contribuant ainsi à leur blanchir
l’épiderme et à le nettoyer sans recourrir à l’usage de l’eau. Les
femmes du Sahara utilisent aujourd’hui encore ces vêtements
traditionnels. Quant à la musique qui accompagnait les cérémonies, elle
était souvent triste et composée de chants poétiques. Femmes et hommes,
séparés, mangeaient de la viande de chameau, buvaient du lait de
chamelle et exécutaient des danses locales au rythme d’anciens
instruments comme le "tbal" (une sorte de grand tam-tam) et l’"imzad"
(un petit violon monocorde surtout utilisé par les Touaregs). Sakina,
gardienne des traditions du désert, souligne que bien d’autres coutumes
ont évolué. Elle rappelle que la dot de mariage était à l’origine versée
par la famille de la femme. À présent, c’est à l’époux de ramener en
fonction de ses moyens les pains de sucre, les chameaux et les chèvres.
Une fois le mariage consommé, l’homme devait vivre au minimum deux ans
auprès de la famille de sa femme. Dorénavant, c’est à l’épouse de le
suivre. Aujourd’hui Sakina supporte stoïquement cette vie difficile. Son
époux est fonctionnaire à Laâyoune, il y vit dans une petite chambre
avec l’un de ses seuls fils scolarisés. Il ne vient visiter sa famille
que 2 ou 3 fois par mois. Son salaire mensuel : 850 DH. Toute la famille
s’était installée en 1975 dans un appartement à Laayoune. Ils étaient 3
frères à posséder cette habitation. Le décès de l’un d’eux a mis fin à
cette situation. L’autre frère, faisant partie du Polisario, a exigé un
loyer. Depuis, Sakina et sa progéniture n’ont pas eu pas d’autre choix
que de s’installer dans le désert sous des tentes de fortune.
Dorénavant, son quotidien est ponctué par des tâches bien pénibles. De
ses 9 enfants, 3 filles et un petit-fils de 5 ans vivent encore avec
elle. Aucun n’est scolarisé, faute de moyens. Sakina remercie tout de
même le ciel : "Tant que nous avons à boire et à manger et la santé,
tout va bien". Des aides de l’Etat contribuent à subvenir aux besoins de
ce petit monde. Deux fois par an ils ont droit à un sac et demi de blé,
6 pains de sucre et 3 litres d’huile. Quant à l’eau, denrée rare dans
cette région aride, des camions-citernes passent régulièrement pour la
vendre à 50 DH le m3. Cette eau à peine filtrée sert uniquement à se
nettoyer et à faire la lessive. Elle est stockée dans un bassin
appartenant à un ancien atelier de taille de pierres. Ici, seule l’eau
de pluie est potable. Pour se désaltérer, on boit surtout du thé et du
lait de chèvre. Pour traire ses 5 chèvres, Sakina, se réveille
quotidiennement au lever du soleil. Les bêtes sont aussi logées dans une
tente. Elles sont nourries avec un maigre fourrage et les quelques
buissons qui poussent non loin de l’ancien oued Sakiat El Hamra. Leur
peau est aussi utilisée. On en fait des gourdes pour conserver l’eau, le
beurre rance et pour battre le lait. Pour cela, un savoir-faire
ancestral est nécessaire. Une fois le chevreau égorgé, il est aussitôt
vidé de sa viande et de ses os par un minuscule orifice, sans être
dépecé. La peau demeure intacte et ne nécessite pas de coutures qui
nuiraient à l’isolation des produits conservés. Fatna, 21 ans, s’est
occupée cette fois-ci de cette corvée. Une fois par semaine elle vient
rendre visite à ses sœurs et à sa mère. Mariée à El Aaiún à un
fonctionnaire, elle regrette parfois la liberté du désert. Ici, elle se
livre à des plaisirs simples. Elle court à perdre haleine parmi les
rochers et se couche au bord du précipice pour contempler le coucher du
soleil. C’est ainsi qu’elle s’offre son lot "d’aventure", comme elle
aime à le répéter. À El Aaiún, elle s’ennuie souvent à ne rien faire
entre quatre murs. Encore une fois, Alia ne comprend pas les plaintes de
sa sœur cadette. Elle qui rêve de mariage et d’enfants. Ce rêve lui
semble tellement inaccessible car trois de ses prétendants se sont
enfuis les uns après les autres, sans un mot d’explication. Alia se
résigne à son triste sort. Un mauvais esprit la hante en la condamnant
au célibat. Elle entend parfois sa voix masculine à l’intérieur de son
être et entre alors dans de terribles crises de larmes qui effrayent
toute sa famille, car dans le Sahara, les forces occultes sont monnaie
courante. Incomprise et parfois rejetée, Alia se console comme elle peut
en s’improvisant parfois diseuse de bonne aventure ou poète. Elle
connaît par cœur des poèmes légués par ses ancêtres. Ils parlent tous de
fierté, d’amour et de guerre. Une poésie omniprésente chez les gens du
désert. Le voyageur et homme d’église Charles de Foucauld qui y a
longtemps vécu dans le Sahara l’a souligné : "Mais nous devons
reconnaître que ces nomades sans instruction ne sont pas sans esprit.
Ils écrivent des vers qui chantent l’amour, l’inquiétude, le défi, la
fierté d’être jeune et brave, ou d’être belle et courtisée". À défaut
d’être courtisée, Alia se console avec des vers où l’espoir est
omniprésent.
____________