S O M M A I R E 1. Rapport de Mme Karmous et de Mme Dubuisson au nom de France Libertés Analyse du Comité sur le Sahara Occidental =========================================================== SÁHARA-INFO: http://es.groups.yahoo.com/group/sahara-info/ =========================================================== ====================== 1. Rapport de Mme Karmous et de Mme Dubuisson au nom de France Libertés Analyse du Comité sur le Sahara Occidental (1) Présentation du contexte et du rapport Depuis plus d’une année est orchestrée une campagne internationale pour exiger la libération des prisonniers de guerre marocains détenus par le Front Polisario (2). Ces hommes dont l’existence a été niée pendant 20 ans par les responsables politiques de leur propre pays (de la fin 1975 à 1995) et qui ont été, comme leurs homologues sahraouis aux mains du Maroc, quasiment ignorés par la communauté internationale, sont soudain devenus un instrument de propagande des autorités de Rabat. Cette campagne, visant à faire pression sur le Front Polisario, est relayée par une presse marocaine aussi inféodée au pouvoir, aujourd’hui dans l’instrumentation de l’existence de ces hommes, qu’hier dans la négation de celle-ci. Cet intérêt nouveau pour leurs soldats prisonniers ne signifie pas pour autant que les autorités marocaines se montrent reconnaissantes à l’égard de ceux qui ont déjà été libérés et rapatriés : « Un temps, le Maroc n’a pas voulu d’eux. Puis il les a accueillis, comme à regret – froidement et sans égards. Enfin, il les a livrés à leur sort, avec moins que le minimum requis pour survivre. Ailleurs, les anciens prisonniers de guerre sont des héros. Ici, ce sont des pestiférés » (3). Dans ce contexte, a été publié récemment un rapport dénommé « Mission internationale d’enquête » et intitulé « Les conditions de détention des prisonniers de guerre marocains détenus à Tindouf (Algérie) », sous la signature de Mme Afifa Karmous et de Mme Pauline Dubuisson et sous le sceau de la fondation « France Libertés », présidée par Mme Danielle Mitterrand. Les deux enquêtrices, du 11 au 25 avril 2003, ont séjourné successivement dans les deux zones sous contrôle du Front Polisario : dans les campements de réfugiés établis dans la hamada de Tindouf aux confins algériens et dans les territoires libérés du Sahara Occidental, « dans toutes les localités à l’exception de Zug » (p. 1). Elles ont bénéficié d’une totale liberté de mouvement et de travail de la part du Front Polisario (p.1) qui leur a laissé l’accès à ses centres de détention, même si par choix personnel, elles ne se sont pas rendues à ceux des campements de Smara et d’Aoussert (p. 6). Sur la base d’entretiens individuels avec 338 prisonniers de guerre marocains, Mme Afifa Karmous et Mme Pauline Dubuisson prétendent que le Front Polisario est responsable à l’égard de ces hommes de « graves infractions » allant notamment des insultes, du « travail forcé », qualifié « d’esclavage », à des « tortures, mutilations et exécutions sommaires ». Il ne s’agit plus ici d’une mystification du camp adverse et forcément en grande partie dénuée de crédibilité, mais d’accusations graves portées au nom de France Libertés, réputée amie du peuple sahraoui et favorable au droit à l’autodétermination de celui-ci. Le coup est d’autant plus rude que ce rapport est auréolé du respect accordé par les Sahraouis et par bon nombre de personnalités et d’organisations à la présidente de la fondation, Mme Danielle Mitterrand. Dans un tel contexte et en raison de la gravité des affirmations qu’il contient, une analyse du rapport s’impose, tant sur la forme que sur le fond, afin de déterminer si les accusations proférées par les prisonniers marocains et reprises à leur compte par Mme Karmous et par Mme Dubuisson à l’encontre du Front Polisario sont fondées valablement. Commentaires sur la forme 1 - La qualification de « mission d’enquête internationale » est inappropriée Le rapport de Mme Karmous et de Mme Dubuisson est le compte-rendu de mission d’une seule ONG, française, la fondation France Libertés. Les deux enquêtrices n’ont pas reçu de mandat international. Une enquête se diligente sur la base de plaintes. Pourquoi effectuer une enquête puisque le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est en contact régulier avec les prisonniers de guerre marocains et le Front Polisario depuis le début du conflit maroco-sahraoui ? Seul le Comité international de la Croix-Rouge a reçu mandat de la communauté internationale en matière de droit humanitaire. 2 - L’intitulé du rapport est incorrect Les prisonniers de guerre marocains ne sont pas détenus à Tindouf, ville du sud algérien. Ils sont répartis entre des centres situés dans les zones libérées du Sahara Occidental aux frontières internationales parfaitement délimitées et dans une partie de la hamada, dite de Tindouf, sous contrôle du Front Polisario. Le libellé de l’intitulé, « Les conditions de détention des prisonniers de guerre marocains détenus à Tindouf (Algérie) » tend à impliquer abusivement la responsabilité de l’Algérie dans un dossier où elle n’est pas partie prenante directe. Le soutien de l’Algérie et les facilités accordées aux Sahraouis dans la défense de leur droit à l’autodétermination ne signifient pas partage de responsabilité avec le Front Polisario dans la gestion de leur lutte. 3 - La méthode d’investigation manque de transparence En effet, l’on ignore - les références professionnelles et les compétences des deux enquêtrices, - la liste et le libellé des questions posées aux détenus pour déceler l’éventuelle crédibilité des réponses données, - les critères de sélection des 338 prisonniers interrogés sur plus de 900 encore détenus par le Front Polisario (4) - des précisions sur la langue utilisée lors des entretiens (5). Il manque aux côtés des enquêtrices un interprète franco-arabe neutre, un médecin, seul capable d’évaluer les conditions physiques et psychiques des prisonniers, de suggérer les causes de pathologies diagnostiquées, de confirmer ou d’infirmer les affirmations de tortures et de mutilations. Est absent du récit le rappel du contexte susceptible d’éclairer le lecteur : un descriptif du contexte dans lequel se situe la détention des prisonniers de guerre marocains : un désert inhospitalier, des manques d’eau, de nourriture, de médicaments et de soins médicaux pour toute la population des lieux, prisonniers marocains et Sahraouis eux-mêmes (6), un rappel de la conduite des opérations militaires par le Front Polisario tout au long des 16 années de guerre (1975-1991), qui a exclu le recours à des armes prohibées (bombes au napalm et au phosphore blanc, bombes à fragmentation…), la destruction d’infrastructures, le massacre de civils, même en réplique à la partie adverse qui ne s’en est pas privée. Ne figurent pas dans le rapport les observations des autorités sahraouies sur les allégations et affirmations des prisonniers marocains, ni le témoignage d’ONG, de journalistes ou de parlementaires de différentes nationalités qui s’étant rendus sur place suivent ce dossier depuis de très nombreuses années et ont, eux aussi, rencontré (souvent à plusieurs reprises) des prisonniers marocains détenus par les Sahraouis. En l’absence de tels éléments, le rapport perd toute valeur scientifique. Il apparaît comme l’œuvre d’amateurs et il ressort de sa lecture qu’il est partial dans la forme car ne répercutant que le seul point de vue des prisonniers de guerre marocains. 4 - Grosse lacune du rapport est l’absence d’indications sur le temps consacré aux entretiens. Le temps consacré aux entretiens (338 en 14 jours) ne figure pas dans le rapport qui souligne « le grand travail d’explication et de persuasion » (p. 2) pour gagner la confiance des prisonniers. Un lecteur non averti peut supposer qu’un temps « raisonnable » a été réservé à ces entretiens, éléments-clé de la mission. Or, si l’on tient compte du temps de déplacements et des « temps morts », l’on peut conclure que les 338 entretiens ont duré en moyenne et au mieux 25 minutes chacun (7). Il s’agit là d’un temps record pour un banal entretien et par conséquent excessivement court dans le cas d’une enquête sur un sujet aussi sensible. Par ailleurs, cela ne cadre pas du tout avec le grand travail d’explication et de mise en confiance allégué par les deux auteurs. Il est donc permis d’exprimer des doutes sur le sérieux du travail mené. Commentaires sur le fond 1 - Sur l’applicabilité du droit international humanitaire et du droit international en général Il convient d’indiquer, sans entrer dans des arguties juridiques, que la plus haute instance internationale, l’ONU, a évoqué pour la première fois la libération des prisonniers de guerre des deux camps, dans le plan de paix voté à l’unanimité du conseil de sécurité en 1991. Il y est stipulé un échange des prisonniers avant la campagne référendaire (du referendum d’autodétermination du peuple du Sahara Occidental). Si le calendrier fixé initialement (referendum prévu pour la fin janvier 1992) n’a pas été tenu, cela ne peut être reproché au Front Polisario qui a collaboré avec l’ONU et sa mission sur place, la MINURSO (8). Par ailleurs, récemment (2003), à l’occasion d’une nouvelle configuration du règlement de la question, l’ONU a prévu la libération de tous les prisonniers de guerre dès l’acceptation d’un nouveau plan de paix, le « plan Baker 2 », du nom de l’envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies depuis 1997 pour ce dossier. Ce nouveau programme a encore fait l’objet d’un vote unanime du conseil de sécurité (résolution 1495 de juillet dernier). Le Front Polisario a accepté ce nouveau plan, mais le Maroc l’a catégoriquement refusé, ce qui risque de retarder une fois de plus la libération des intéressés. Si la plus haute instance internationale, en dépit du drame humanitaire des prisonniers de guerre des deux camps, n’a pas prévu d’elle-même une libération plus rapide des intéressés, il est mal venu d’en faire grief au seul Front Polisario. Celui-ci unilatéralement et depuis 1984 (bien avant donc la mise en œuvre du premier plan de paix de 1991) a libéré plus de la moitié des prisonniers de guerre marocains en sa possession (sur les quelque 2 000 qu’il détenait) et obtenu leur rapatriement au Maroc (9). Enfin, il convient de rappeler que Mme Mitterrand, elle-même, en novembre 2001, s’est demandée si la libération anticipée de prisonniers « ne perturb(ait) pas le plan de paix de l’ONU » (10) 2 - Concernant l’Algérie et son implication dans le dossier des prisonniers de guerre marocains Il est utile de rappeler, d’une part, que l’ONU tient l’Algérie comme « pays observateur » (à l’égal de la Mauritanie) et non comme partie au conflit que sont le Maroc, « la puissance occupante », et le Front Polisario, « le représentant légitime » du peuple sahraoui. D’autre part, depuis la fin 1975, l’Algérie a octroyé provisoirement au Front Polisario une partie de son territoire (située dans la hamada de Tindouf) où se sont réfugiés les Sahraouis fuyant les bombardements au napalm et au phosphore blanc de l’aviation marocaine et ses bombes à fragmentation. Le Front Polisario y a établi l’essentiel des instances gouvernementales de la RASD (proclamée dans la nuit du 26 au 27 février 1976) (11). En troisième lieu, l’Algérie étant l’un des premiers pays à avoir reconnu la souveraineté de la RASD, elle ne saurait être assimilée à celle-ci. Enfin, une dissociation de l’Algérie et du Front Polisario est également effectuée par le CICR, la plus haute autorité internationale depuis 1915 en matière de droit humanitaire et notamment de conditions de détention des prisonniers de guerre. Le rapport (p. 8) indique que « Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) considère le Front Polisario comme étant la puissance détentrice des prisonniers de guerre marocains ». Les délégués du CICR ont d’ailleurs déclaré à ses auteurs « qu’ils n’avaient pas de rapports avec les autorités algériennes pour ce qui concerne la question des personnes détenues ». En dépit de ces faits, Mme Karmous et Mme Dubuisson persistent à considérer l’Algérie également responsable de la détention des prisonniers de guerre marocains aux mains du Front Polisario. L’ONU est l’instance suprême du droit international. Le CICR a une expérience des dossiers humanitaires depuis un siècle et sa pratique a été « codifiée dans le droit international humanitaire, notamment dans la Convention de Genève de 1929 sur les prisonniers de guerre » (12) et à laquelle font volontiers référence les deux auteurs du rapport. Si ces deux autorités internationales opèrent une distinction entre l’Algérie et le Front Polisario, il est incompréhensible que Mme Karmous et Mme Dubuisson, s’estiment meilleurs juges qu’elles en la matière et soutiennent un point de vue diamétralement opposé. 3 - Sur la situation des prisonniers de guerre marocains -A- DES CONDITIONS DE DÉTENTION ET DES DESCRIPTIONS QUI NE CORRESPONDENT PAS AUX EXPÉRIENCES ET TÉMOIGNAGES D’AUTRES VISITEURS Mme Karmous et Mme Dubuisson décrivent des situations qui remontent aux débuts du conflit « jusqu’aux années 80 », qui constituent pour elles une période charnière : « Jusque dans les années 80, les prisonniers de guerre n’avaient ni chaussures ni vêtements. Tout juste un pantalon quel que soit le temps… Ils travaillaient jour et nuit ne dormant que deux heures par nuit » (p. 25). Or, ni Mme Karmous, ni Mme Dubuisson, ni France Libertés n’ont été les témoins directs des conditions de vie des réfugiés sahraouis et des prisonniers de guerre marocains pendant la période du conflit armé (1975-1991). La première visite sur place de France Libertés date de novembre 2001. Dans leurs descriptions Mme Karmous et Mme Dubuisson se basent sur les seules déclarations des prisonniers, sans citer les descriptions faites par d’autres témoins, nombreux, de cette période et qui ont dépeint les conditions de vie dans les campements et sur le front où le dénuement était dramatiquement général. Comment dans les premières années du conflit les prisonniers marocains auraient- ils bénéficé de conditions de détention acceptables quand les Sahraouis eux- mêmes persécutés et chassés de leur patrie étaient privés de l’essentiel (13)? Mme Karmous et Mme Dubuisson décrivent les prisonniers de guerre marocains (p. 5) comme « au mieux extrêmement méfiants mais souvent absolument terrorisés ». Or, des journalistes, des ONG, des personnalités politiques de tous horizons et de toutes nationalités, qui se sont rendus sur place et ont rencontré, souvent à diverses reprises des prisonniers marocains depuis fort longtemps, se sont entretenus avec nombre d’entre eux dans une atmosphère de sérénité apparente. Si celle-ci n’exclut pas une angoisse profonde ni une dépression masquée (au demeurant fort compréhensibles) ni même la méfiance, elle contredit les marques de terreur alléguées. Insultes et curiosité publique : « Beaucoup de prisonniers ont été exhibés aux journalistes étrangers », d’après les enquêtrices (p. 22). Ils ont été « intimidés aux fins de les contraindre à critiquer ou insulter publiquement l’Etat marocain, notamment devant cette presse étrangère à laquelle ils étaient exposés. (…) En effet, jusque dans les années 80, les prisonniers de guerre marocains seront non seulement utilisés par les autorités sahraouies à des fins de propagande pour les médias, mais également exposés à certaines organisations de soutien au peuple sahraoui pour leur donner l’illusion qu’ils étaient bien traités ». Les prisonniers marocains ne sont pas et n’ont pas été inclus dans les programmes des visiteurs. Une rencontre avec eux a toujours nécessité une demande expresse auprès du Front Polisario qui ne les exhibe pas comme indiqué dans le rapport. Quant aux assertions d’utilisation de ces hommes à des fins de propagande, elles méritaient un travail de vérification avec les témoignages, articles, reportages photographiques et télévisuels existant depuis le début du conflit avant d’être assénées comme vérités absolues. Il s’agit là de descriptions privées de leur contexte et d’affirmations alignées sur les seuls dires des prisonniers. Sans confrontation avec d’autres sources depuis le début du conflit, les situations dépeintes sont sans valeur. La répétition à longeur de pages de faits non vérifiés apparaît comme une volonté délibérée de faire passer le point de vue des deux auteurs pour des vérités absolues. -B- L’ÉTAT PSYCHIQUE ET PHYSIQUE DES PRISONNIERS DE GUERRE MAROCAINS Mme Karmous et Mme Dubuisson qui n’ont aucune aptitude en la matière considèrent (p. 14) que « Tous les prisonniers étaient gravement malades » et que « tous souffrent de plusieurs pathologies à la fois ». Une longue liste des pathologies qu’elles ont dicernées (« pathologies métaboliques et carentielles », « maladies dégénératives », « pathologies neuro- psychiatriques », « maladies psycho-affectives ») est énumérée (p. 27) par les deux enquêtrices qui s’autorisent à émettre un point de vue sur l’action « tout à fait insuffisant(e) » du CICR en matière médicale. L’absence d’un médecin dans la mission de France Libertés nuit à la crédibilité des affirmations de Mme Karmous et de Mme Dubuisson. S’il est parfaitement admissible qu’une très longue détention (de 15 à 25 ans) affaiblisse ceux qui l’endurent et favorise l’apparition de pathologies diverses, seul un médecin a la compétence voulue pour évaluer la gravité des détériorations de santé subies. Par ailleurs, il est inadmissible que les deux enquêtrices, en particulier, et France Libertés, en général, s’autorisent à donner (p. 14) un point de vue sur la santé de ces hommes avant le cessez-le-feu de 1991, alors que leur premier séjour sur place date de novembre 2001, c’est-à-dire 10 ans après la date de la mise en œuvre de celui-ci. -C– LE « TRAVAIL FORCÉ » QUALIFIÉ D’ « ESCLAVAGE » Aucun élément tangible et probant ne permet d’affirmer son existence. son allégation s’inscrit dans le cadre des « conditions inhumaines et dégradantes de détention » (p. 34), qui appellent toutes les réserves mentionnées ; elle n’est étayée par aucun autre témoignage, ni par l’avis d’organismes officiels qui ont des contacts réguliers avec la population des campements et des zones militaires, depuis le début du conflit, le HCR, le CICR dont les délégués voient les personnes détenues par le Front Polisario chaque année, ou encore la MINURSO, présente en permanence sur place depuis 1991 ; elle ne correspond pas à la réalité du terrain. Des délégations diverses et variées qui ont séjourné dans les campements, à diverses reprises et certaines pendant plusieurs semaines, ont pu constater de visu tout le travail accompli par les Sahraouis eux-mêmes et en particulier par les femmes qui ne sont pas assimilables à des prisonniers de guerre marocains. -D- S’AGISSANT DES NOMS DES PERSONNES QUI, SELON LES DEUX ENQUÊTRICES, ONT ÉTÉ TORTURÉES, MUTILÉES OU EXÉCUTÉES SAUVAGEMENT, ET SUR LES FAITS EUX-MÊMES Il est impossible à la lecture du rapport de se faire une opinion sur leur validité. Le sérieux d’une telle enquête requérait une vérification avec les fiches de visite du CICR établies depuis le début du conflit ainsi que la présence d’un médecin. Seule une telle approche permettait de corroborer les noms et de jauger la probabilité des faits allégués et des victimes supposées. Néanmoins, tant les noms des victimes supposées que les sévices eux-mêmes sont énumérés sans un conditionnel d’usage pour exprimer des réserves. S’agissant des tortures et des exécutions sommaires, les dates des faits et les noms des victimes manquent. « La plupart des témoins ne se rappellent pas l’année où ces graves exactions ont été commises ». « En outre, très peu de prisonniers ont pu nous donner les noms complets des victimes… », indique le rapport (p. 20). En ce qui concerne les mutilations, le rapport cite la castration sans aucune preuve. « Les personnes ne nous ont pas témoigné de leur mutilation » avouent les enquêtrices qui considèrent cependant comme une preuve le seul fait que « la méthode (leur) a été décrite » (p. 23). Se fondant sur les seuls dires des prisonniers eux-mêmes, ces faits sont présentés comme vérités absolues par les deux enquêtrices. Les manques d’indices et de preuves, inadmissibles dans le cas d’accusations d’une telle gravité, n’empêchent pas Mme Karmous et Mme Dubuisson de rendre coupable le Front Polisario de telles « graves exactions ». En outre, sur la base de 338 témoignages sur un total de plus de 2 000 prisonniers, elles invoquent péremptoirement l’utilisation systématique de telles pratiques : « pratiquement tous les prisonniers ont été torturés », affirment-elles (p. 20). -E- DES CONTRADICTIONS ET DES INVRAISEMBLANCES FLAGRANTES S’agissant de l’attitude des réfugiés sahraouis à l’égard des prisonniers marocains, l’on passe d’un excès à l’autre : Les prisonniers auraient été « livrés à proprement parler, jusque dans les années 80, à la vindicte publique : insultes, crachats et coups » (p. 22), alors que (p. 5) « les réfugiés manifestent de la compassion à l’égard des prisonniers de guerre marocains ». Les morts sous la torture. « A Errachid, la torture est pratiquée de manière systématique. Jusqu’en 1998, 2 à 3 détenus y étaient enterrés chaque nuit », écrivent Mme Karmous et Mme Dubuisson (p. 35). Une telle accusation signifie que de 1975 à 1998, cette seule prison aurait accueilli et « liquidé » entre 9 590 et 14 335 prisonniers marocains (14) ! Et sur la seule période 94-98, entre 2 920 et 4 380 sur les … quelque 2 000 prisonniers de guerre marocains recensés par le CICR !!! A ce rythme il aurait dû depuis longtemps ne plus y avoir un seul prisonnier marocain détenu par le Front Polisario. Il s’agit là d’une affirmation d’autant plus aberrante qu’elle est en totale contradiction avec une autre (p. 13) qui indique : « Concernant le nombre de prisonniers décédés en détention dans les camps de Tindouf, d’après les témoignages que nous avons recueillis, il serait d’au moins 121 personnes, mortes de mort violente ». Il s’agit là de flagrants délits d’exagération qui ruinent le laborieux empilage d’allégations et d’accusations contenues dans le rapport. Les quelque 2 000 détenus du Front Polisario qui ont été recensés par le CICR, seraient-ils encore vivants si les conditions de leur très longue détention (manque d’hygiène, manque de soins, sous-alimentation) et tous les sévices (travail forcé, tortures, exécutions sommaires) allégués par les deux enquêtrices avaient eu un caractère aussi systématique et aussi immonde qu’elles l’affirment ? Les exagérations patentes du rapport sont annihilées par le fait que l’ensemble de ces 2 000 prisonniers marocains ont heureusement survécu à leur longue captivité. 4 - le détournement de l’aide internationale humanitaire SANS AUTRES COMMENTAIRES, IL SUFFIT DE SE REFERER AUX APPRECIATIONS DE MME MITTERRAND, ELLE-MEME. En novembre 2001, à l’issue de son premier séjour dans les campements de réfugiés, et d’une conférence de presse à Alger ses propos ont été rapportés : Mme Mitterrand « a réfuté le discours de certains milieux qui consiste à dire que l’aide est détournée et que les vivres n’arrivent jamais à destination. «C’est un discours erroné», a t-elle martelé, appuyant son propos par ses rencontres avec des associations humanitaires travaillant sur place » (15). 5 - Des jugements et des considérations subjectives A l’égard du Front Polisario les enquêtrices n’ont aucune bienveillance en dépit des circonstances depuis trente ans. Même les libérations anticipées de plus de la moitié de ses prisonniers de guerre n’ont grâce à leurs yeux. Ces gestes qui ont permis depuis presque 20 ans à plus de mille d’entre eux de retrouver leur foyer, leur famille et leur patrie sont contestables, voire condamnables : « Cela crée des conflits entre les prisonniers (…). De plus il est très difficile pour eux de voir partir l’un des leurs (…). Cela les plonge dans une vive angoisse et une profonde dépression pendant plusieurs semaines. (…)Les libérations partielles (…) sont d’une grande cruauté pour les familles de prisonniers » (p. 15). Le Polisario aurait-il été moins cruel en les gardant tous en captivité ? Ces libérations seraient également la cause de manque d’égards des autorités marocaines envers ces hommes, de leur absence de reconnaissance et d’indemnisation au terme de leur détention : « Tant que les prisonniers ne seront pas libérés, (…) les autorités marocaines ne répondront pas à leurs revendications morales et financières ».(p.17) Le CICR Les allusions au CICR déforment la réalité du travail de cet organisme dans ce dossier et jettent le soupçon sur lui. Il ressort du rapport que le CICR se serait rendu sur place en 1980 pour la première fois et aurait commencé ses contacts réguliers avec les prisonniers marocains en 1994. Or si le CICR a remis en 1994 à l’ONU la liste des prisonniers qu’il avait recensés, il effectue en toute indépendance des visites régulières auprès des prisonniers de guerre marocains depuis le début du conflit. (16) . Depuis 1994, il effectue deux visites annuelles sur place. S’il s’astreint à la confidentialité, c’est que son rôle n’est pas politique. Il ne prend pas parti. Son but est de gagner la confiance de la puissance détentrice afin d’obtenir l’amélioration des conditions de vie des prisonniers. Dans cet esprit, il sert également de lien entre ces derniers et leurs familles. Si le CICR avait eu connaissance de graves exactions depuis 28 ans qu’il se rend sur place, il n’aurait pas manqué d’y faire mettre un terme et dans le cas où satisfaction ne lui aurait pas été donnée, il aurait rompu le silence (17). Or il n’a rien fait de tel. Il est inadmissible, comme le font Mme Karmous et Mme Dubuisson, de le soupçonner a contrario, de s’être tu en ayant connaissance de tous les sévices allégués par les prisonniers marocains. Conclusions Tant sur la forme que sur le fond, le rapport de Mme Karmous et de Mme Dubuisson, publié sous le sceau de France Libertés est irrecevable : La méthode d’investigation, privée de transparence, dépourvue d’une démarche scientifique, fait de lui un document sans aucune fiabilité. Une enquête portant sur un sujet aussi grave et aussi sensible se devait de respecter certaines règles, or, la transparence de la méthode fait défaut (bien des indications utiles manquent, telles que le questionnaire, le mode de sélection des personnes interrogées, la langue utilisée) ; le temps réservé aux entretiens apparaît dérisoire ; l’absence de spécialistes et notamment d’un médecin, indispensable en l’occurrence, met en cause la véracité des faits énoncés et des accusations portées. Le document est partial car il se fonde exclusivement sur les dires de prisonniers de guerre marocains, sans aucune précaution d’usage, sans confrontation avec les observations de la puissance détentrice, le Front Polisario, sans une vérification des faits à l’aide des fiches de visite du CICR. Les conditions de détention de ces prisonniers ne sont pas replacées dans le contexte général de la question du Sahara Occidental : il n’est pas tenu compte de l’environnement géographique et climatique, sanitaire, et alimentaire. Il n’est pas fait référence au contexte historico-militaire et à la guerre « propre » menée par le Front Polisario pendant 16 années de combats, en dépit de la supériorité logistique énorme du Maroc et de ses méthodes expéditives à l’encontre des populations civiles sahraouies. Les implications internationales sont tronquées ou faussées. Les témoignages et l’expérience de terrain de bon nombre d’acteurs et de visiteurs internationaux (journalistes, délégations politiques internationales (gouvernementales et parlementaires) et ONG) depuis le début du conflit sont totalement occultés. Il n’est pas tenu compte de la présence régulière du CICR depuis les débuts du conflit, la seule autorité mandatée par la communauté internationale pour évaluer les conditions de détention des prisonniers de guerre. Aucune référence n’est faite au HCR en relation régulière avec les réfugiés sahraouis, ni à la MINURSO, présente en permanence depuis 1991 et au contact des populations civiles et militaires, des autorités de la RASD et des prisonniers marocains. Ces défauts de mise en perspective de la situation des prisonniers de guerre marocains interdit toute distanciation par rapport aux faits allégués et aux accusations portées et par conséquent empêchent de les relativiser. Les organisations de soutien au peuple sahraoui, les observateurs qui suivent ce dossier depuis de bien plus nombreuses années que France Libertés ont eu connaissance que des abus ont été commis à l’encontre de prisonniers marocains, comme à l’encontre de Sahraouis pour motifs politiques, à l’époque la plus terrible des combats. Un climat de suspicion généralisé à l’égard d’un adversaire bien supérieur en nombre et en moyens de destruction a provoqué chez certains Sahraouis des agissements coupables. De telles pratiques ont été le fait de quelques responsables. C’est le bureau politique du Front Polisario, lui-même, qui a dénoncé ces comportements en 1988 et qui a exigé qu’il y soit mis fin : leurs auteurs ont été destitués de leurs fonctions, tel Omar Hadrami, à l’époque à la tête de la sûreté sahraouie et qui a depuis lors rallié le Maroc. En dépit de ces faits, les conditions de détention décrites et les accusations portées par les prisonniers de guerre marocains manquent de crédibilité : des contradictions, des manques patents de preuves, des exagérations, ruinent leurs allégations au point de faire douter de la réalité même de leurs dires. Les déductions opérées par les deux enquêtrices de France Libertés dont l’expérience du terrain est très récente sont inadmissibles : des supputations, des jugements péremptoires et prétentieux s’ajoutant à la somme d’inexactitudes, d’affirmations sans preuves et d’invraisemblances, dépassent le cadre de l’amateurisme et semblent la marque d’une volonté délibérée de forcer la vérité. Les conclusions du rapport tendent à la suspension des programmes de France Libertés en faveur des réfugiés sahraouis et appellent à l’interruption de l’aide humanitaire internationale. Sur la base de faits nullement vérifiés ni étayés de preuves, elles apparaissent en conséquence malveillantes. La mise en cause du Front Polisario et de sa responsabilité dans des faits aussi graves ne peut être admise que réellement fondée sur des preuves avérées, inexistantes dans le rapport considéré. L’amalgame opéré entre le Front Polisario, la puissance détentrice dont la responsabilité est recherchée, et le peuple sahraoui lui-même est d’autant plus inadmissible que les conditions de vie de celui-ci sont dramatiquement précaires ; que depuis près de trente ans d’occupation de leur patrie ou d’exode hors des frontières du Sahara Occidental, la survie des réfugiés sahraouis dépend essentiellement de l’aide humanitaire internationale. Pour toutes ces raisons, le rapport de France Libertés constitue un procès à charge contre le Front Polisario en particulier et contre les Sahraouis en général. Mme Afifa Karmous et Mme Pauline Dubuisson se plaçant au-dessus des très nombreux observateurs et témoins internationaux depuis près de trente ans, au- dessus des organisations internationales impliquées dans le dossier, se sont arrogé un pouvoir judiciaire SANS APPEL. Sans tenir compte du contexte et sans Preuves elles portent des accusations très graves qu’elles tentent de faire passer pour des vérités absolues. Dans une démarche prétendument fondée sur le droit international humanitaire, les auteurs du rapport dénaturent l’esprit même de ce droit, son exigence d’impartialité et de neutralité. NOTES 1 Présidé par Martine de Froberville 2 Le Front Polisario a fait depuis la fin octobre 1975, début de l’invasion marocaine du Sahara Occidental, environ 2 300 prisonniers marocains. Par vagues successives depuis 1984, et unilatéralement, il en a libéré environ 1 400. 1 389 ont été rapatriés au Maroc sous l’égide du CICR. En raison du refus des autorités de Rabat d’accueillir leurs ressortissants libérés, 200 prisonniers, libérés par le Front Polisario en 1989, ont dû attendre 1995 pour être rapatriés et 84, libérés en 1997, ont attendu 2000, pour retrouver leurs foyers. Entre temps certains de ces prisonniers libérés sont morts libres, mais hors de leur patrie. A ce jour, 914 prisonniers de guerre marocains demeurent détenus par le Polisario. 3 In Tel quel (Le Maroc tel qu’il est) 12/9/2003 4 Ont-ils été sélectionnés sur une liste préétablie ? Par qui ? Par l’association marocaine de défense des prisonniers de guerre marocains ? Ont- ils été « volontaires », dans ce cas sur la base de quel discours préalable ? Ont-ils été choisis au hasard ? 5 Les deux enquêtrices sont toutes deux francophones. Seule Mme Karmous est arabophone. Si les entretiens ont eu lieu en arabe, ils ont donc été menés par cette dernière seule en ce qui concerne les questions posées, la prise de note des réponses et le compte-rendu exhaustif. L’on comprend bien que dans un tel cas le rôle de Mme Dubuisson en tant qu’acteur et en tant que témoin s’avèrerait objectivement inexistant. La privation de la confrontation critique de l’un de ses deux membres enlèverait à la mission sa crédibilité. Cela remettrait en cause, si ce n’est la véracité des témoignages, en tout cas la fiabilité des considérations et des conclusions du rapport. 6 Lire notamment le rapport (septembre 2003) de Médecins du Monde (Espagne) sur l’état sanitaire dans les campements de réfugiés. - Extraits en annexe 2 7 Lire annexe 3, Evaluation du temps consacré aux entretiens 8 MINURSO : Mission des Nations unies pour le referendum au Sahara Occidental 9 Le Maroc, quant à lui, a refusé pendant des années le rapatriement des prisonniers libérés qui ont continué de vivre, « libres », chez les Sahraouis. 10 L’Expression (Algérie) 11/11/2001 In article intitulé « Conférence de presse de Mme Mitterrand » 11 RASD : République arabe sahraouie démocratique 12 CICR, in « Privés de liberté : visite aux prisonniers, une pratique née au début du XXe siècle » 13 Lire annexe 1 : Dénuement des réfugiés 14 365 nuits sur treize ans à raison de 2 morts par nuit et 365 nuits sur treize ans à raison de 3 morts par nuit 15 In L’Expression (Algérie) du 11/11/2001, article intitulé « Conférence de presse de Mme Mitterrand » 16 Au cours de 11 visites effectuées entre 1975 et la fin de 1995, l'institution a enregistré 2 173 Marocains détenus par le Front Polisario.(In CICR rapport d’activité 1995) 17 Le CICR s’emploie à promouvoir le respect des Conventions de Genève. Pourquoi ne condamne-t-il pas systématiquement les violations ? Le CICR mène une action dans les zones de conflit, où il vient en aide aux personnes touchées par la guerre. Il estime que condamner publiquement les violations du droit international humanitaire doit être une solution de dernier ressort. Risques : Dénoncer les auteurs de violations (présumés ou reconnus comme tels) n’entraînera pas nécessairement une amélioration immédiate, véritable et durable de la situation. Cela peut, en fait, entraver l’accès du CICR aux personnes qui ont besoin de sa protection humanitaire. (Le CICR reconnaît que d’autres organisations humanitaires ont un avis différent sur la question et respecte leur droit d’exprimer une opinion.) Dans son action quotidienne, le CICR réagit toujours aux violations et s’exprime à ce sujet – mais il le fait directement auprès de ceux qui ont le pouvoir de changer les choses. Dans des cas exceptionnels : Si les violations sont répétées, si elles sont de grande ampleur et constituent un obstacle à l’action humanitaire, si les démarches confidentielles ont échoué et qu’il est considéré qu’une déclaration publique servirait l’intérêt supérieur des victimes, le CICR envisagera de s’exprimer publiquement. In FAQ - Copyright © 2003 Comité international de la Croix-Rouge 15-11- 2002 ----------- COMMUNIQUÉ Prisonniers de guerre marocains/Rapport de Mme Karmous et de Mme Dubuisson au nom de France Libertés : Réaction de Martine de Froberville (Paris, 9/10/2003) – L’analyse du rapport de Mme Karmous et de Mme Dubuisson, publié sous le sceau de France Libertés, démontre que les deux auteurs instruisent un procès exclusivement à charge contre le Front Polisario en particulier et contre les Sahraouis en général. Par un laborieux empilage d’allégations sans preuves, elles portent des accusations très graves qu’elles tentent de faire passer pour des vérités absolues. Dans une initiative prétendument fondée sur le droit international humanitaire, elles dénaturent l’esprit même de ce droit, son exigence d’impartialité et de neutralité. La très longue détention des prisonniers de guerre des deux camps, dans le conflit maroco-sahraoui, appelle bien évidemment la compassion. S’agissant des prisonniers marocains, la négation de leur existence pendant 20 ans par les autorités de leur pays constitue peut-être la plus insupportable des épreuves. Pour déplorer le sort de ces prisonniers, il n’est pas besoin de noircir leurs conditions de détention ni de ternir l’image de ceux qui les détiennent. Loin de contribuer à rétablir ces hommes dans la dignité que leur dénient les autorités de leur pays, une telle attitude constitue en fait une nouvelle insulte à leur humanité. C’est instrumenter leur drame à des fins politiques. Défendre la cause sahraouie ne signifie pas cautionner des comportements coupables de certains membres du Front Polisario. Mais pointer du doigt la conduite de quelques individus ne permet pas d’étendre la responsabilité de leurs agissements à l’ensemble de ce dernier et encore moins à tous les Sahraouis. Si le Front Polisario, en particulier, et les Sahraouis en général, avaient autant de crimes à se reprocher que le laisse entendre France Libertés dans son rapport, comment expliquer la liberté et l’indépendance dont cette organisation a joui dans son investigation ? Comment accréditer les accusations graves proférées par France Libertés à l’encontre du Front Polisario si ce mouvement de libération, tout au long des 16 années de guerre ouverte, n’a jamais eu recours aux armes prohibées, à des massacres de populations civiles ni à la destruction d’infrastructures ? Comment justifier que France Libertés qui se prétend « amie du peuple sahraoui », prenne aussi inconditionnellement fait et cause pour les prisonniers de guerre marocains pour attenter à la dignité de ce peuple ? Comment expliquer que cette organisation accable aujourd’hui le peuple sahraoui, quand hier, à l’issue de sa première visite dans les campements en 2001, sa présidente, Mme Danielle Mitterrand, se déclarait « « impressionnée par les acquis sociaux » de «ce peuple pacifique » et relevait « le respect des droits humains et la liberté d'expression» constatés sur place » ? Comment comprendre qu’une organisation humanitaire oublie le drame des Sahraouis, la mort de milliers d’entre eux, l’exode de centaines de milliers d’autres, privés, eux aussi, depuis près de trente ans de leur famille et de leur patrie ? Comment admettre qu’elle occulte les conditions de vie des réfugiés sahraouis dans un environnement hostile, avec des carences alimentaires et sanitaires graves dont elle a été le témoin sur place ? Comment croire que France Libertés milite en faveur du droit à l’autodétermination des Sahraouis quand elle tend à discréditer leur peuple à travers ses représentants ? Comment soutenir que France Libertés souhaite un règlement juste et durable de la question du Sahara Occidental si elle travestit la vérité au risque d’aiguiser les rancœurs au Maghreb ? Comment imaginer que la France et l’Europe deviennent des acteurs de paix et de réconciliation au sud de la Méditerranée, si ceux qui prétendent y aspirer alimentent la zizanie dans la région ? ------------ ANNEXE 1 Dénuement des réfugiés sahraouis Aux débuts du conflit et notamment après les bombardements aériens au napalm par l’armée marocaine des camps de réfugiés sahraouis de Guelta Zemmour et de Oum Dreiga au début de février 1976, l’exode des Sahraouis vers la hamada de Tindouf est massif. De nombreux témoignages ont été rapportés sur cette période, en voici deux : Les journalistes Rafaël Wirth et Soledad Balaguer rapportent que « les gens fuyaient, dans le sens le plus exact du terme. Ils fuyaient comme ils pouvaient : à pied, en voiture, en chameau quelques uns, avec leur troupeau si cela était possible, mais la plupart du temps avec une paire d’outres d’eau et une poignée de riz, avec pour seul bien une couverture et un bâton. Ceux qui sont arrivés aux campements de réfugiés étaient des personnes qui n’avaient rien. Qui ne savaient véritablement que faire et dont les familles étaient bien souvent décimées, qui avaient subi pour arriver jusque là d’énormes privations et souffrances. Beaucoup d’entre eux ont marché des jours et des nuits jusqu’à atteindre un poste avancé du Polisario qui patrouillait dans le désert pour les recueillir ; nombre d’enfants, qui après une longue marche dans le désert, par le froid immense de la nuit sahraouie, sont restés paralysés, leurs jeunes muscles n’ayant pas supporté l’immense effort ; les femmes enceintes qui ont accouché prématurément, ayant pour toute aseptie les mains sales des leurs ... Le Front Polisario s’est chargé rapidement de faire face à la situation. Dans des lieux où les conditions du désert le permettaient, où il y avait au moins de l’eau, s’installèrent des campements. Tous mirent en commun leurs biens. Les nomades apportèrent leurs tentes, ces énormes tentes qui peuvent abriter vingt personnes. Ne pouvant pas compter les gens qui continuaient à arriver, les campements durent se limiter à effectuer un recensement des tentes. Ainsi, on disait qu’en tel lieu il y avait mille tentes, en tel autre huit cents. Le recensement était vraiment incomplet car rapidement il n’y eut pas assez de tentes pour tout le monde. On creusa des trous dans la terre qui furent protégés par des bâches, quelquefois par les voiles des femmes que l’on recouvrait de terre.» In Felipe Briones, ed. Compas, « Sahara : cien años sin libertad », p.61-62 Tony Hodges, in « Sahara Occidental : origines et enjeux d’une guerre du désert » (L’Harmattan) écrit (p. 289-290-291) écrit : « (...) La principale préoccupation du Front Polisario pendant les premiers mois de cette guerre fut de venir en aide aux milliers de Sahraouis qui fuyaient les villes. Le 7 janvier 1976, le Comité international de la Croix- Rouge et la Ligue des sociétés de Croix-Rouge annonçaient à Genève que 40 000 Sahraouis avaient fui leurs foyers. La moitié d’entre eux avaient atteint l’Algérie et s’étaient installés, dans le plus complet dénuement, dans la Hammada où les nuits d’hiver étaient terriblement froides. Les autres, qui étaient encore plus à plaindre, avaient trouvé refuge dans les parties reculées du Sahara occidental non encore atteintes par les forces marocaines et mauritaniennes. (...) Des avions de l’armée de l’air marocaine découvrirent deux grands camps de réfugiés abritant chacun au moins 10 000 Sahraouis, l’un à Guelta Zemmour (...), située à environ 35 kilomètres à l’ouest de la frontière mauritanienne (...) et l’autre à Oum Dreiga, plus au sud. Pendant les deux mois qui suivirent, des dizaines de réfugiés furent tués par des raids aériens, dont certains au napalm. (...) Entre temps, la plupart des réfugiés d’Oum Dreiga et du massif du Zemmour avaient été évacués par camion vers l’Algérie. C’est pourquoi, de février à avril (ndlr : 1976) le nombre de réfugiés dans la région de Tindouf s’accrut très rapidemeent (...). Nombre de réfugiés étaient sous-alimentés et très faibles lorsqu’ils arrivaient à Tindouf. Certains avaient passé plusieurs mois dehors sans tente et avec très peu de nourriture, et avaient assisté aux raids aériens de l’aviation marocaine. Dans les camps de la Hammada, vaste plaine souvent balayée par des vents violents, les conditions de vie étaient extrêmement dures, et étant donné leur état de faiblesse, les réfugiés résistaient mal à la maladie. Ceux qui souffraient le plus étaient les enfants. En 1976, selon une estimation du HCR, 25 % des nouveaux-nés mouraient avant 3 mois, et lorsqu’une épidémie de rougeole survint dans les camps au cours du printemps 1976, près d’un millier d’enfants y succombèrent. (...) Ce bruque afflux de milliers de réfugiés posa d’énormes problèmes logistiques au gouvernement algérien et aux organisations d’aide, notammment parce que les camps étaient situés en plein désert, à plus de 2 000 km d’Alger, et que les routes étaient très mauvaises. Rares étaient les réfugiés qui avaient pu emporter avec eux quelques têtes de bétail et de toute façon le climat de la région de Tindouf n’était propice ni à l’élevage ni à l’agriculture, à une échelle suffisante pour nourrir autant de personnes. Il fallait donc acheminer toutes les denrées par camion, sur de très longues distances. Même l’eau arrivait par camions-citernes, car souvent, il n’y avait pas de puits à proximité des camps. Il fallait aussi aller chercher du bois pour faire du feu à quelque 300 km et distribuer des tentes à presque toutes les familles de réfugiés, car très peu d’entre elles avaient pu emporter leurs traditionnelles khaimat. » ---------- Annexe 2 Extraits du rapport (septembre 2003) de Médecins du Monde (Espagne) « L’hôpital de plus grande envergure de la RASD se trouve à Rabouni, le centre administratif de la République. Il dispose de deux blocs opératoires parfaitement équipés où ont lieu tous types d’interventions chirurgicales, bien que leur utilisation dépende en grande mesure des Commissions chirurgicales étrangères. Dans chaque province ou wilaya des campements il y a un hôpital provincial comptant au moins 4 médecins généralistes. Chaque wilaya a entre 32 000 et 40 000 habitants. (…) Le nombre de lits est de 15 à 20 selon la wilaya (…). Dans un récent rapport sur la nutrition dans les campements, élaboré par le HCR en septembre 2002, l’on a des informations sur quelques aspects de la santé materno-infantile. Selon ce rapport, chez les femmes existe une forte prévalence de l’anémie due à plusieurs facteurs parmi lesquels l’on compte les déficiences alimentaires, les parasites, et autres infections (…). Par ailleurs il est noté que l’alimentation chez les nouveaux-nés est particulièrement pauvre avec des répercussions importantes sur la malnutrition infantile. (…) L’accouchement sous les tentes, majoritaire dans les campements, est à hauts risques et provoque en bien des cas des hémorragies, des infections par manque de matériel stérile, et même la mort de la mère et du fœtus. Cette situation est aggravée par l’insuffisante couverture du système de santé en raison des grandes distances inter et intra-provinces, la rareté et la précarité des transports, (…). » --------- Annexe 3 évaluation du temps consacré aux entretiens S’il ne figure pas dans le rapport de Mme Karmous et de Mme Dubuisson de France Libertés, le temps réservé aux entretiens peut s’évaluer. Si l’on tient compte (par expérience) du temps de déplacements, ß des distances parcourues (environ 2 600 km en comptant les allers et retours), ß d’une vitesse de déplacement ne pouvant excéder les 50 km/heure dans un environnement de sable, de regs, de « tôle ondulée », l’on peut considérer que les déplacements occupent 52 heures (plus de 2 jours) à eux seuls. Si l’on calcule (par expérience) les « temps morts », ß les repas, au minimum 2 heures pour l’ensemble des 3 repas quotidiens, soient 28 heures, ß la toilette, le paquetage et les pauses diverses d’une heure par jour, soient 14 heures, ß la consignation journalière des entretiens d’une heure par jour, soient 14 heures, ß un temps de sommeil réduit à 6 heures par 24 heures, soit un total de 84 heures, l’on peut estimer que ces « temps morts » correspondent à 140 heures. Il en résulte que le temps hors entretiens s’élève à 192 heures, si rien n’est venu perturber le déroulement d’un programme très dense. L’on peut donc évaluer le temps réservé aux entretiens eux-mêmes : Le temps de séjour (14 jours du 11 au 25 avril 2003) correspondant à 336 heures, diminué du temps hors entretiens de 192 heures, signifie que les entretiens se seraient déroulés sur 144 heures (8 640 mn) au total. L’ON PEUT EN CONCLURE QUE LES 338 ENTRETIENS ONT DURÉ EN MOYENNE ET AU MIEUX 25 MINUTES CHACUN. ____________