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S O M M A I R E
1.JACQUES CHIRAC-MONARCHIE MAROCAINE-LES DESSOUS D’UNE
RELATION
-LE JOURNAL HEBDO : «Majesté, je dois beaucoup à votre
père... »
-LE JOURNAL HEBDO : Des relations d'un autre âge
-LE JOURNAL HEBDO : Chirac-Mohammed VI Les liens
secrets
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LE JOURNAL HEBDOMADAIRE
(10-III-2006)
DOSSIER CHIRAC-MONARCHIE MAROCAINE
1.JACQUES CHIRAC-MONARCHIE MAROCAINE-LES DESSOUS D’UNE
RELATION
http://www.lejournal-hebdo.com/article.php3?id_article=7483
«Majesté, je dois beaucoup à votre père... »
La promesse du parrain
«Majesté, je dois beaucoup à votre père et, si vous le
souhaitez, tout ce qu'il m'a donné, je m'efforcerai de
vous le rendre». (...) Nous étions le dimanche 25
juillet 1999 au palais royal de Rabat, et le Maroc se
préparait à enterrer Hassan II, décédé après
trente-huit ans de règne absolu. (…) Maintenant,
Mohammed VI savait pouvoir compter sur le président
français. Jacques Chirac avait une dette à l'égard de
son père. Il allait l'honorer en servant le fils. Ce
que le jeune monarque ignorait, c'est que onze jours
auparavant, à Paris où il était l'invité d'honneur aux
cérémonies du 14 juillet, un Hassan II sentant
approcher la mort avait confié à Chirac et ses enfants
et son royaume. (...) Au cours d'un bref échange
empreint d'émotion, il lui avait recommandé de veiller
sur ses fils et filles, d'être le Chirac El Alaoui
Chirac El Alaoui
Le futur président de la République avait tout à
gagner à cultiver une telle proximité. « Aux yeux des
émirs du Golfe, le simple fait d'être proche d'un chef
d'Etat arabe incontournable comme le roi Hassan II
signifiait que vous étiez quelqu'un à ménager, à aider
le cas échéant », lâche un diplomate marocain. L'odeur
de l'argent n'est pas loin dans ces cas-là. Une rumeur
tenace veut que le souverain marocain ait été l'un des
plus généreux donateurs de Jacques Chirac (avec le
président gabonais Omar Bongo), que des valises
bourrées de billets de banque aient fait le trajet
Rabat-Paris lorsqu' approchait une échéance électorale
capitale pour « le grand Jacques ». Beaucoup de bruit
mais pas le moindre indice ; des soupçons mais rien
d'avéré. Familier des arcanes du palais, chargé à
l'occasion par Hassan II de missions privées à
l'étranger, un jeune intrigant, Hicham Mandari, jurait
qu'il avait servi de passeur entre les deux capitales.
Il n'en a cependant jamais apporté de preuve.
Raymond Sasia, le «Porteur de valises»
Un autre fin connaisseur de la vie derrière les murs
du palais royal, un Français, Raymond Sasia, est
convaincu que Driss Basri, suivant les instructions de
Hassan II, a été le "porteur de valises" du roi et
qu'il a alimenté Jacques Chirac. «Le roi lui disait de
donner une certaine somme et Basri, de lui-même,
donnait deux ou trois fois plus », raconte ce
septuagénaire encore alerte. Mais aucune confirmation
n'en a été faite, et Basri, réfugié en France, dément
avoir trempé dans la moindre affaire de financement
concernant son ami Chirac. «Dans ce genre de
transactions, tout est fait pour qu'il n'y ait pas de
trace », confie de son côté, sous couvert d'anonymat,
un ancien collaborateur de Hassan II, trop proche pour
n'avoir pas été témoin des "coups de pouce" du palais,
trop fidèle à la monarchie pour trahir la mémoire du
souverain. « Quelqu'un téléphone de Paris et prévient
qu'un ami commun va venir nous rendre visite au Maroc.
On sait ce que ça veut dire. L'intermédiaire arrive.
On lui envoie un de nos hommes avec ce que l'autre est
venu chercher. En quelques heures, tout est réglé. Pas
besoin de papiers, de signature ou de récépissé.
Chacun connaît son rôle et s'y tient ».
Abdelfetah Frej, le caissier congédié
Un homme, un seul, eût été à même d'éclaircir le
mystère : Abdelfetah Frej. Installé en Allemagne à
l'abri du besoin pour avoir été longtemps le chef du
secrétariat particulier de Hassan II, l'homme
remâchait sa rancune à l'encontre de Mohammed VI qui
l'avait congédié dans des conditions humiliantes.
Frej, c'était le comptable du roi. Pas l'expert
financier, mais le caissier. L'interlocuteur des
banques françaises, britanniques, suisses ou
espagnoles où Hassan II avait ouvert un compte. Celui
qui, chaque année, présentait au monarque un document
de quelques dizaines de feuillets : le bilan du
patrimoine personnel du roi. Abdelfetah Frej savait
tout, mais il ne voulait pas parler. "Pas encore",
confiait-il à ses rares visiteurs. Dommage. Il est
décédé en décembre 2005, emportant probablement avec
lui les secrets du palais. (…) Entre Hassan II, le
monarque chérifien hautain et calculateur,
pro-occidental mais imprégné de culture arabe, et le
gaulliste excité qui rêve de conquérir l'Elysée, quel
est celui qui a le plus influencé l'autre ? Jacques
Chirac a donné la réponse. Invité lors d'un colloque à
évoquer la mémoire de son mentor, peu après la
disparition du roi, il fait délivrer un message de
reconnaissance par son représentant, l'ancien
ambassadeur Michel de Bonnecorse: «Je dois (à Hassan
II) une sorte d'initiation aux complexités et aux
valeurs du monde arabe et musulman. Je lui dois des
analyses visionnaires sur les drames mais aussi sur
les chances de paix au Proche-Orient. Je lui dois une
plus claire conscience des enjeux internationaux, du
rôle de l'Europe en Méditerranée mais aussi ce que le
monde attend de la France». En revanche, jamais Hassan
II n'a évoqué devant un tiers une quelconque dette à
l'égard du président français. Il était exclu que le
Commandeur des croyants se place en position de
demandeur. (…)
Lmrabet lâché par Chirac
Le président (Jacques Chirac) semble soutenir le Maroc
et son régime monarchique avec une passion décuplée
depuis la disparition de Hassan II. (…) Témoin
l'affaire Ali Lmrabet, du nom d'un journaliste
marocain, directeur de deux magazines, condamné en
2003 à quatre années de prison pour "outrage à la
personne du roi". (…) Reporters sans frontières,
Amnesty International, la Fédération internationale
des ligues des droits de l'homme protestèrent et avec
eux les partis de la gauche européenne contre
l'atteinte à la liberté de la presse. Le Parlement
européen se saisit de l'affaire. (…) Jacques Chirac
fut interpellé sur le cas Ali Lmrabet au cours d'une
conférence de presse au Maroc. (…) Le président ne
pouvait pas ne pas se sentir concerné, car le
journaliste embastillé possédait aussi la nationalité
française d'un premier mariage. On attendait donc un
mot de Chirac pour dire qu'il ne manquerait pas
d'évoquer l'affaire avec le roi Mohammed VI, ou au
minimum une parole de compassion de sa part. C'était
mal connaître le président. «M. Lmrabet a été condamné
par une justice souveraine. Il s'agit d'une affaire
purement marocaine et nous n'avons pas à intervenir»,
lança Jacques Chirac. (…)
Chirac, inspirateur de la Moudawana
L'activisme du président est tel que l'opinion
publique est convaincue que Chirac est derrière la
décision, la plus forte symboliquement, prise par
Mohammed VI depuis qu'il est monté sur le trône en
1999 : la réforme de la loi sur le statut de la femme.
(…) A la surprise de beaucoup, Mohammed VI annonça au
parlement les grandes lignes de la réforme alors que
Jacques Chirac effectuait une visite officielle dans
le royaume. (…) Peut-être même a-t-il (le président
français) été l'inspirateur de la réforme du Code de
la famille qu'il a tant applaudie par la suite.
L'hypothèse n'est pas absurde. (…) Un diplomate
espagnol, ancien ambassadeur à Rabat, Fernando
Arias-Salgado, est tout aussi catégorique: «Les
Français ont forcé la main de Mohammed VI sans que je
sache quel canal ils ont utilisé. Le discours du roi
devant le Parlement était excellent mais sans la
France, il n'y aurait pas eu de modification du Code
de la famille».
Un caillou et un peu de sable
L'humiliation de l'ilôt Leila Il (Chirac) défend le
coup de force marocain parce qu'il n'a pas le choix,
parce que la France reste l'avocat constant du royaume
et qu'il a promis à Hassan II de veiller aux intérêts
de la famille royale. Que l'on enlève la raison d'Etat
et c'est un autre Chirac qui apparaît. Un Chirac entré
dans une colère noire lorsqu'il a été prévenu du
débarquement des troupes marocaines sur l'îlot. Au
téléphone, il a dit à Lalla Meryem, (…) avec qui il a
des discussions franches, tout le mal qu'il pensait de
l'amateurisme de son frère et de son irresponsabilité.
Les mots étaient sévères et les expressions plus
fleuries que d'habitude. (…) Le délai est très court.
Les Marocains doivent se décider vite : se retirer de
l'îlot Persil ou prendre le risque d'une humiliation
militaire inévitable. Or, le ministre marocain des
Affaires étrangères, Mohamed Benaïssa, tergiverse. Il
aimerait dire oui mais il réclame un délai
supplémentaire car il ne peut s'engager sans l'aval du
roi. Or Mohammed VI dort. Et il est hors de question
de réveiller le souverain, explique-t-il à son
homologue, la toute nouvelle ministre Ana Palacio,
avec qui il est en communication téléphonique. La
situation frise le ridicule mais Madrid reste
intraitable. La reprise du peñon n'est plus qu'une
question d'heures.
Des flacons de parfum pour sauver le Sahara
La "politique des enveloppes" est pourtant une
spécialité des responsables marocains. Ils la
pratiquent depuis longtemps pour combler les lacunes
d'une diplomatie à la peine sur le dossier du Sahara
occidental. « La stratégie des Marocains se résume à
acheter les gens : les dirigeants du Front Polisario,
les diplomates étrangers, les responsables des Nations
unies au Sahara occidental », dit Bernard Millet qui
fut le conseiller diplomatique de Kofi Annan à l'ONU
après un passage par l'Elysée. L'homme sait de quoi il
parle. Numéro deux des Nations Unies de 1997 à 2000,
le Français a eu l'occasion d'apprécier les méthodes
marocaines. « Une fois, en 1998, je devais rencontrer
Hassan II dans le cadre d'une tournée au Maghreb à
propos du Sahara occidental, raconte-t-il. Les
Marocains m'avaient logé à l'hôtel Hilton de rabat.
J'étais venu seul et pourtant, ils avaient mis à ma
disposition deux chambres, deux salles de bains. Dans
l'une il y avait au moins trois cents flacons de
parfum qui m'attendaient. Ils voulaient m'acheter.
C'était le cadeau de bienvenue ». Il ne sera pas perdu
pour tout le monde. Un Français, directeur d'une
station de radio, venu rendre visite à Bernard Millet
à l'hôtel, repartira avec la moitié du trésor
dissimulé dans un sac poubelle. Le suivant, un
diplomate marocain de haut niveau, héritera des autres
flacons. A défaut d'avoir réussi avec le numéro deux
de l'ONU, les Marocains se sont tournés vers son
entourage. Avec davantage de succès. Une Française,
proche collaboratrice de Bernard Millet, a ainsi été
pendant des années une sorte d'agent d'influence de
Rabat aux Nations Unies. «Elle avait la confiance du
secrétaire général de l'ONU. C'était l'une des rares
personnes à comprendre la position du Maroc. Elle nous
a aidés et je l'ai reçue plusieurs fois chez moi»,
confie Driss Basri en charge du dossier du Sahara
occidental. (…)
Quand de Bonnecorse met son grain de sel
On l'a vu en 2001. Depuis des années, l'ancien
secrétaire d'Etat américain, James Baker, devenu le
représentant spécial pour le Sahara de Kofi Annan,
s'évertue à trouver une solution. Cette fois, il pense
l'avoir trouvée. Dans la nouvelle mouture de son plan,
il n'est plus question de référendum mais d'une
autonomie pour le Sahara occidental, à négocier dans
le cadre du royaume du Maroc. La France applaudit.
L'Elysée est convaincu qu'un référendum serait
suicidaire pour le royaume. Une majorité de la
population, et pas seulement parmi les Sahraouis,
risque de voter en faveur de l'indépendance.
L'ambassadeur de France a osé le dire en son temps à
Hassan II, ce qui lui a voulu les foudres de Driss
Basri. Un statut d'autonomie pour le Sahara
occidental, voilà la solution. Paris jubile, d'autant
que, si la Russie semble réticente, la Grande-Bretagne
et les Etats-Unis accueillent favorablement le
compromis. Paris optimiste, le palais royal ne pouvait
que se mettre à l'unisson. C'est ce que fait Mohammed
VI. Au Figaro qui l'interroge en septembre 2001, le
roi affirme sans ambages : « j'ai réglé la question du
Sahara qui nous empoisonnait depuis vingt-cinq ans ».
Et le monarque d'ajouter : « Ce genre d'affaire ne se
traite pas en grimpant sur un piédestal et en publiant
un communiqué par jour. Pour obtenir que les onze
membres du Conseil de sécurité de l'ONU reconnaissent
la légitimité de la souveraineté marocaine sur notre
Sahara, nous avons travaillé dur et dans la plus
stricte confidentialité pendant dix-huit mois ». Le
triomphe et l'autocélébration sont de courte durée. Le
souverain a fait comme si l'Algérie, opposée à une
mainmise du royaume sur le Sahara occidental, comptait
pour rien ; comme si l'Espagne, l'ancienne puissance
coloniale, pouvait être tenue pour quantité
négligeable sur ce dossier alors qu'elle est une voix
respectée à l'ONU ; comme si des dizaines d'Etats
n'avaient pas reconnu la République sahraouie.
Résultat : le projet de vraie-fausse autonomie ne sera
jamais présenté au Conseil de sécurité. S'y risquer,
c'était courir au-devant d'un échec. Il reste une
question : pourquoi Mohammed VI s'est-il laissé aller
à un optimisme pour le moins prématuré ? Qui l'a si
mal conseillé ? Qui lui a fait croire que le
contentieux sur le Sahara était en voie de règlement
pour le plus grand profit du royaume ? Ses
conseillers, dont se gausse Jacques Chirac ? Les
diplomates marocains ? Les dirigeants espagnols ont
leur réponse. C'est la France, par l'intermédiaire de
son ambassadeur au Maroc, Michel de Bonnecorse, qui a
induit le roi en erreur. « En toute bonne foi, le
diplomate français a fait croire à Mohammed VI que
l'accord allait être voté au Conseil de sécurité
moyennant un peu de pression sur l'Espagne. Comme les
choses ont pris un tour différent, Mohammed VI a cru
que c'était la faute de l'Espagne. Il en a voulu à
Madrid, mais pas à l'ambassadeur de France », analyse
un diplomate espagnol sous couvert d'anonymat.
L'alliance du Trône et de la République
Une anecdote illustre la connivence entre les
dirigeants français et marocains. Elle remonte aux
années Giscard. Futur ministre des Affaires
étrangères, Jean-Bernard Raymond était à l'époque
ambassadeur de France au Maroc. Au cours d'une
audience avec Hassan II, il acquit la conviction que
le roi avait eu connaissance de télégrammes secrets
envoyés à Paris par l'ambassade. (…) Il fallait
localiser la fuite d'urgence. (…) Une enquête fut
menée qui ne donna pas de résultat. (…) Mais qui était
la taupe ? A quel niveau se situait-elle ? Au plus
haut niveau de la République : c'était le chef de
l'Etat en personne, le président Giscard d'Estaing,
qui avait rapporté à son ami Hassan II quelques-unes
des informations fournies par l'ambassadeur. (…)
L'ambassadeur Frédéric Grasset relifte le protocole
S'il a suivi les consignes d'appui inconditionnel à
Rabat dans l'affaire de l'îlot Persil, Frédéric
Grasset (ancien chef du protocole de l'Elysée et
ex-ambassadeur de France au Maroc) a surtout déployé
beaucoup d'énergie pour moderniser quelque peu
l'étiquette pesante et surannée qui régit le palais
royal. Mais qui a remarqué les minuscules changements
introduits à l'automne 2003 à l'occasion de la visite
officielle de Jacques Chirac ? Qui a noté que, pour la
première fois, la jeune épouse de Mohammed VI, la
princesse Lalla Salma, était placée dans l'ordre
protocolaire avant Moulay Rachid, le frère du
souverain ? Qui a observé que les ambassadeurs conviés
au dîner de gala de Fès furent invités à serrer la
main du roi, alors que jusqu'à présent l'étiquette
voulait qu'ils se contentent de le saluer par une
légère inclinaison ? A un diplomate européen qui le
félicitait pour son travail de dépoussiérage, un
Frédéric Grasset visiblement ravi fit cette réponse :
« On a beaucoup travaillé ces détails ». Etait-ce cela
qu'attendait de lui l'Elysée ? Probablement pas.
Frédéric Grasset n'a pas connu la longévité de son
prédécesseur. Après moins de trois années à Rabat, il
a été brusquement rappelé à Paris, sans explication
officielle, avant de se voir offrir l'ambassade de
France en Irlande. Le poste est moins exposé. (...)
Moumen Diouri sous haute surveillance
L'affaire Moumen Diouri a aussi défrayé la chronique
de ces années-là. (…) Lorsqu'on l'interroge
aujourd'hui sur cet épisode des relations
franco-marocaines, Driss Basri jure sans convaincre
que « la France en a fait beaucoup plus que ce que le
Maroc réclamait. J'avais demandé à Paris,
raconte-t-il, de surveiller Diouri et de lui mettre
des bâtons dans les roues. J'en avais glissé un mot au
Quai d'Orsay et à la DST dont le patron est ensuite
venu me voir à Rabat pour m'annoncer que Diouri allait
être expulsé de France et envoyé au Gabon. Nous, nous
avions seulement demandé à ce qu'il soit contrôlé ».
Les autorités françaises furent mal récompensées de
leur empressement. Expulsé le 20 juin 1991 en "urgence
absolue" pour "des raisons de sécurité nationale et
d'ordre public", M. Diouri allait revenir en France
trois semaines plus tard. Entre-temps, le tribunal
administratif avait jugé qu'il n'y avait pas
d'"urgence absolue". (…)
Contre « Notre ami le Roi » : les bonnes vieilles
méthodes
Même si Hassan II et son ministre de l'Intérieur n'ont
jamais lu Notre ami le Roi, Rabat sait très vite à
quoi s'en tenir. (…) Comme à leur habitude, les
responsables marocains entendent régler le problème
par l'argent. A Antoine Gallimard, Rabat propose dans
un premier temps de mettre le livre au pilon en
échange d'une confortable indemnisation financière, et
pour la maison d'édition et pour l'auteur. Gilles
Perrault croit se souvenir que la somme frisait les 10
millions de francs. Le refus est sans appel. (...)
Dans les colonnes des journaux, les intellectuels amis
montent en ligne pour dénoncer la "machination". « De
grâce, ne blessons pas les exceptionnelles relations
entre nos deux pays, ne coupons pas les routes du
paysage superbe de la coopération », supplie dans les
colonnes du Monde Jacques Chancel, le directeur
d'antenne de FR3, après avoir qualifié Gilles Perrault
de "pamphlétaire fort habile aux coups assassins". Ce
n'est pas le seul, loin de là, à mettre sa plume au
service de la monarchie.
Le club des "amis"
BHL, Druon et la smala du Palais La troupe des "amis
du Maroc" en France ne pouvait rester à l'écart du
mouvement. Trois mois après le séisme (d'Al-Hoceima du
24 février 2004), la cour des intellectuels s'ébranle
à son tour pour la bonne cause. Ce ne sont pas des
couvertures ou de la nourriture qu'offrent les
thuriféraires de la monarchie, mais des mots, des tas
de mots un peu ridicules, des phrases boursoufflées
couchées sur des "manuscrits originaux" dont les
parrains de l'opération espèrent qu'ils trouveront
acquéreurs lors d'une vente aux enchères organisée à
Paris « au profit des victimes du tremblement de terre
». C'est Jacques Chancel dont le micro était déjà
ouvert pour recueillir la parole de feu Hassan II et
rarement pour celle des opposants qui donne le ton. «
Depuis bientôt quarante ans, écrit-il, le Maroc est
mon autre pays, ma lumineuse terre d'accueil. J'en ai
toujours partagé les bonheurs et les souffrances. Je
me veux près de vous, amis, j'apprécie votre dignité
». Et de conclure sur une promesse aux accents
bibliques : "Je viendrai bientôt". Bernard-Henri Lévy
n'est pas moins inspiré, qui lance, tel André Malraux
: « Oui, bien sûr, ce Maroc que j'aime tant, auquel
m'unissent tant de liens, liens d'enfance, liens
d'aujourd'hui, amis de Marrakech et de Tanger,
intellectuels, écrivains, femmes en marche vers
l'égalité, simples gens, si beaux, si nobles, et
hébétés de voir tous les fléaux du ciel et des hommes
peser sur leurs épaules... Courage, amis ». D'autres
textes, moins grandiloquents, suivent, signés Tahar
Ben Jelloun, Maurice Druon, Daniel Rondeau... Ils
seront aussi mis en vente à l'hôtel Drouot avec des
dessins originaux de couturiers qui ont trouvé leur
inspiration au Maroc, tels Yves Saint Laurent ou
Jean-Louis Scherrer. Ainsi va la tribu des "amis du
Maroc", prompte à se mobiliser avec ses bons
sentiments et ses déclarations d'amour fou pour le
peuple marocain en détresse. (...) C'est donc dans les
salons de l'hôtel Ritz, place Vendôme, que s'organise
la solidarité. Elle prit la forme, il y a quelques
années, d'un dîner de gala dont les bénéfices étaient
destinés à l'acquisition d'un laboratoire mobile de
diagnostic prénatal pour les Marocaines habitant loin
des centres de soins. Il y avait du beau linge ce
soir-là pour le "dîner de charité" : le patron de la
rédaction de TF1, Etienne Mougeotte, la styliste Agnès
B, l'actrice Nadia Farès, ou encore Laeticia Halliday,
l'épouse du chanteur dont Mohammed VI est un fan. Venu
en voisin, Jacques Chirac avait passé une tête au
moment de l'apéritif pour la photo de famille avant de
s'éclipser. Son épouse Bernadette, en revanche, était
restée pour le repas. Mohammed VI, surnommé le roi des
pauvres au tout début de son règne, était absent, mais
il avait eu la délicatesse d'envoyer au Ritz les
cuisiniers du palais royal, une escouade de
majordomes, un orchestre de femmes et sa soeur
cadette, Lalla Hasna. Prix du couvert : près de 700
euros. Ce n'était pas donné. D'ailleurs, dans les
faits, très rares furent les participants à payer leur
écot. Les tables avaient été retenues par des
entreprises marocaines le plus souvent, françaises
quelquefois, à charge pour elles d'en faire bénéficier
qui elles souhaitaient distinguer. Défendre la bonne
cause au Ritz sans bourse délier : que demander de
mieux ? A l'automne 2005, les Marocains d'adoption se
sont retrouvés au Fouquet's, sur les Champs-Elysées.
Le prétexte en était le cinquantième anniversaire de
l'indépendance du royaume, évènement que les Marocains
commémoraient en novembre et les Français en mars de
l'année suivante. Autour d'un buffet et d'un orchestre
marocains, quelque trois cent cinquante personnes se
sont donc retrouvées. Jacques Chirac en petite forme
physique, son Premier ministre occupé à éteindre les
foyers de révolte dans les banlieues de la région
parisienne : deux des parrains de la monarchie
manquaient à l'appel.
Des intérêts très partagés
Mais l'exception marocaine tient aussi à quelques
chiffres qui montrent combien l'économie locale est
entre des mains françaises. Paris est de loin le
premier partenaire commercial du royaume et son
premier investisseur étranger. A elle seule, la France
investit autant que tous les autres pays étrangers
réunis, qu'il s'agisse du secteur bancaire, de
l'immobilier, du tourisme ou de l'industrie.
Trente-huit des quarante entreprises qui forment le
CAC 40, l'indice boursier, sont présentes dans le
royaume, de Total à Saint-Gobain, d'Alcatel à la
Société Générale. Pour faire bonne mesure, il convient
d'ajouter l'armada des petites et moyennes entreprises
qui prospèrent au Maroc. Elles sont plus d'un
demi-millier qui font travailler quelque soixante-cinq
mille personnes. Aucun autre pays étranger n'est aussi
fortement implanté dans le royaume. Le résultat en est
que des pans entiers de l'industrie marocaine sont
sous contrôle français. C'est vrai de l'hôtellerie
(Accor), des cimenteries avec le groupe Lafarge, du
secteur de l'assemblage automobile (Renault), des
télécommunications (Vivendi), de l'environnement
(Suez)... A égrener les chiffres, les listes
d'entreprises, les positions prises par les uns et les
autres, finit par s'imposer l'idée que l'industrie
tricolore se retrouverait en fâcheuse posture si
d'aventure, le royaume se refermait sur la France. En
abandonnant le Maroc, Paris perdrait un marché
essentiel de quelque trente millions de consommateurs,
et une base pour conquérir des marchés à
l'exportation. D'où l'appui de la France politique à
Rabat ? La vision est commode, caricaturale, et
surtout erronée. La France est un partenaire essentiel
pour le Maroc, alors que l'inverse n'est pas vrai. Le
royaume pèse en effet peu de poids dans la vie
économique française. Son rôle est marginal. Certes,
la France peut se prévaloir d'être le premier client
et le premier fournisseur du royaume, mais le Maroc
n'est que le dix-neuvième client de l'entreprise
France et son vingt-deuxième fournisseur. Vu de Paris,
l'Algérie est un client et un fournisseur autrement
plus significatif. Une conclusion identique vaut pour
les investissements dans le royaume. Les statistiques
placent la France à la première place pour le montant
des investissements étrangers au Maroc. Mais les
montants en jeu sont faibles, pour ne pas dire
dérisoires. Avec moins de 1% du total, le royaume
n'arrive qu'en vingtième position des pays où la
France investit. La Hongrie et le lointain Mexique
font davantage recette. Si le royaume n'est pas le
partenaire stratégique que les responsables politiques
français n'ont de cesse de célébrer, il n'en reste pas
moins pour certains groupes français "un pays à forte
marge", selon l'expression d'un haut fonctionnaire. En
clair, une vache à lait que l'on peut traire sans
vergogne. (...)
Vivendi Universal, la pompe à fric
Lorsque fin 2000 le groupe, à l'époque dirigé par
Jean-Marie Messier, se porte candidat au rachat de 35
% de Maroc Telecom, la plus importante entreprise du
royaume en cours de privatisation, personne ne
comprend pourquoi la firme française a présenté une
offre si généreuse. Elle a accepté de surpayer
l'acquisition de 10 % environ, alors qu'elle était
seule en lice après le retrait de tous les autres
concurrents. C'était presque de la philantropie.
L'explication sera connue plus tard, lorsqu'éclatera
le scandale des "années Messier". Les autorités
boursières françaises et américaines découvrent alors
qu'un avenant secret au pacte d'actionnaires avait été
conclu entre l'Etat marocain et Vivendi Universal, qui
assurait à celui-ci, actionnaire minoritaire, le
contrôle effectif de Maroc Telecom alors même que les
autorités marocaines détenaient toujours plus de 51 %
de l'entreprise. L'avenant est explicite : "Le royaume
se porte fort que deux de ses représentants au conseil
de surveillance voteront dans un sens identique à
celui des représentants de Vivendi ». Retrouvé par les
gendarmes de la Bourse, un courrier du directeur
financier de Vivendi à ses collaborateurs éclaire
l'enjeu. Daté du 19 décembre 2000 -donc la veille de
la présentation de l'offre-, il est on ne peut plus
explicite : « Il est absolument essentiel que notre
offre pour l'acquisition de Maroc Telecom nous
permette de consolider globalement les 700 millions de
dollars de l'excédent brut d'exploitation ». (…)
L'important est de retenir que les dirigeants du
groupe Vivendi Universal, en petite forme financière à
la Bourse à cause de ses résultats calamiteux, ont
obtenu par un tour de passe-passe secret, de pouvoir
donner des couleurs aux comptes de la maison- mère
grâce à l'argent de la filiale marocaine. Interrogé
par les enquêteurs, le directeur financier du groupe
français va reconnaître que la prime versée par
Vivendi valait en fait contrôle sur Maroc Telecom."Il
y a eu un surprix de 10 % (…) en échange de l'octroi
des pouvoirs de décision sur la stratégie de
l'entreprise", confirmera-t-il. (…) Pourquoi les
responsables marocains ont-ils accepté de céder le
contrôle de Maroc Telecom à un actionnaire minoritaire
? Parce que l'Etat avait des problèmes de fins de
mois, répond le directeur financier de Vivendi qui,
dans ses déclarations, présentera André Azoulay comme
le cerveau de l'opération. « C'est M. Azoulay qui a
mené l'opération. Le sauvetage du budget marocain
était son véritable objectif, cette privatisation
représentant 2 à 3 % duPIBduMaroc ». (...) AuMaroc,les
firmes françaises ont la conviction d'être en terrain
conquis. Quelques pots-de-vin distribués à droite à
gauche et, pensent-elles, l'affaire est dans le sac.
C'est presque toujours vrai. Mais encore faut-il ne
pas trop tirer sur la corde... EdF, qui avait
soumissionné il y a quelques années pour la
construction et l'exploitation d'une centrale
thermique, l'a appris à ses dépens. L'offre déposée
par le groupe français n'était pas la plus attractive,
mais EdF pensait l'emporter grâce au soutien politique
venu de Paris. Mauvais calcul : en fin de compte,
c'est un consortium amené par les Américains qui
allait être retenu pour des raisons de prix.
L'influence du lobby industriel français au Maroc ne
doit pas être sous-estimée. Il pèse sur le politique
et sur les relations franco-marocaines. Lorsque le
groupe Accor cherchait à s'implanter dans le royaume,
c'est le chef de l'Etat français qui lui a ouvert la
voie en jouant les entremetteurs auprès du roi. «
Jacques Chirac avait eu l'amabilité de me présenter à
feu Hassan II comme étant son hôtelier préféré »,
écrit l'un des cofondateurs d'Accor dans un livre de
souvenirs. La suite, on la connaît... (…) Le roi
actuel n'entretient pas avec l'ancienne puissance
coloniale les relations étroites qui furent celles de
son père, voire de son grand-père. Elles sont beaucoup
plus lâches. Etudiant, il n'est pas passé par
l'université française. Prince héritier, il avait eu
la dent dure contre les Français à qui il reprochait
leur racisme. A son père il avait d'ailleurs
déconseillé avec véhémence d'accepter l'invitation de
Jacques Chirac d'assister au défilé du 14 juillet 1999
à Paris dans la crainte -infondée- de manifestations
d'hostilité. Mohammed VI est davantage attiré par le
modèle culturel américain. La musique, le cinéma, le
mode de vie, l'incognito assuré… Tout ce qui vient
d'outre-mer le séduit.
Les moutons noirs
Hicham Mandari : Bourequat cachotier ? A moins qu'ils
(les documents si souvent promis et jamais dévoilés
par Mandari) ne soient aux Etats-Unis, au Texas plus
précisément, où réside depuis 1995 le Franco-Marocain
Ali Bourequat, l'un des ressuscités de Tazmamart.
Lorsque pourchassé par les agents des services
français et marocain, Hicham Mandari débarque en
Floride à l'été 1998, il est en terre inconnue.
L'année suivante ce n'est plus le cas. (…) Il connaît
l'aîné des Bourequat avec qui il est entré en contact.
(…) Certes, rien ne prouve que Mandari, méfiant de
nature, ait fait d'Ali Bourequat le dépositaire des
secrets dérobés au palais. Rien, mais il y a cette
lettre troublante adressée par Ali Bourequat à
Mohammed VI en septembre 2002. L'auteur (…) ne cache
pas qu'il souhaite rentrer dans les bonnes grâces du
nouveau roi. (…) « Aujourd'hui, écrit-il, je m'adresse
à Votre Majesté pour encore une fois prouver, s'il en
était besoin, notre loyauté s'agissant de haute
trahison et de faits touchant directement la personne
du roi. (…) Contacté il y a deux ans par un avocat
(…), je me suis rendu à (la prison fédérale de Miami
et ai rencontré Mandari une première fois pendant cinq
heures. (Au total), j'ai rencontré Mandari trois fois
et suis resté en contact avec lui à ce jour ». Et Ali
Bourequat d'ajouter : « De son dossier, que je
détiens, il ressort que ce personnage, qui était au
service du roi, trahissait son maître, sinon pourquoi
était-il besoin de photocopier des documents
confidentiels touchant la sécurité même du pays ? ». «
Le dossier (est) en ma possession », affirme-t-il,
avant de conclure : « J'ai l'insigne honneur de
demander audience à Votre Majesté pour lui remettre ce
dossier et l'entretenir des détails qui l'accompagnent
». (...)
Quandili, ou l'espionnage amateur
Décidé à obtenir réparation devant les tribunaux
français, Quandili a en quelque sorte accumulé des
munitions depuis sa mise à l'écart. Il l'a fait sans
s'embarrasser des méthodes : en enregistrant les
conversations qu'il a pu avoir avec tous ceux qui, de
près ou de loin, ont été les protagonistes de sa
descente aux enfers. De Michèle Alliot-Marie à
l'ambassadeur du Maroc en France, Hassan Abouyoub,
tout est sur cassette, à la disposition du juge. Dans
l'unique enregistrement dont Quandili a publié des
extraits, le diplomate, ignorant que la conversation
est enregistrée, se laisse aller : « Je suis désolé de
te dire que tout cela (...) est un harcèlement
organisé (...). ils ne te diront jamais qu'ils ont
reçu des instructions pour t'attaquer mais c'est comme
ça que ça s'est passé (...). Je ne doute pas une
seconde que tu sois de bonne foi mais qu'est-ce que ça
pèse aujourd'hui ? Rien ! Zéro ! Il n'y a plus de
place pour la bonne foi. Il n'y a de la place que pour
la guerre ! ». L'ambassadeur du Maroc en France aurait
été mieux inspiré de ne pas s'exprimer sur une affaire
aussi trouble à laquelle il était étranger. Depuis, il
a été remercié sans explication, au grand dam de son
ami Chirac.
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http://www.lejournal-hebdo.com/article.php3?id_article=7484
Des relations d'un autre âge
La lecture du dernier livre de Jean Pierre Tuquoi sur
les relations entre la France et le Maroc laisse comme
un goût de cendres, voire de dégoût. Un dégoût inspiré
par les relents de corruption qu'exhale la mise à plat
des connivences, des réseaux d'intérêts et du copinage
intéressé. Dégoût mais aussi étonnement. Etonnement
devant tant de myopie politique de la part des
responsables politiques français. Des responsables qui
ne mesurent pas les évolutions intervenues dans la
société marocaine, qu'elle soit civile ou politique.
Ce que les Américains ont compris dans la douleur, et
dont ils tirent les conséquences, même si c'est à
reculons, les Français semblent à des années-lumière
de l'appréhender : nos pays ont besoin de démocratie
pour se développer et se stabiliser. Il ne suffit pas
que Jacques Chirac ait une attitude plus équilibrée à
l'égard du conflit israélo-palestinien ou qu'il
s'oppose à la guerre en Irak. Pour convertir la
popularité réelle qu'il en tire en influence
géostratégique dans cette partie du monde, il aurait
fallu qu'il ne s'évertuât pas à protéger les
situations de rente des élites au pouvoir au détriment
de l'intérêt de nos peuples. On se rappelle encore de
sa fameuse phrase à Tunis, lorsque, répondant à une
question sur le respect des droits de l'Homme par le
régime de Benali, il avait répondu que le premier des
droits de l'Homme était de manger. Rabaissant les
Tunisiens, et par extension les Maghrébins, à de
simples tubes digestifs. Mais il serait injuste de
tout mettre sur le dos du président français. Côté
français, il y a cette élite qui se damne si
facilement pour un séjour à la Mamounia, un Riad en
médina et qui rationalise son soutien aveugle au
Pouvoir marocain par la nécessité de faire barrage aux
islamistes. Côté marocain, on est prêt à payer pourvu
qu'on ait bonne presse au pays " des droits de l'Homme
". Par un hasard de calendrier, la sortie en librairie
du livre de Jean Pierre Tuquoi coïncidait avec la
tenue d'une conférence donnée par William Jordan,
diplomate américain en charge du Maghreb au
département d'Etat. On a pu mesurer combien ces
mesquines connivences entre régime marocain et une
partie de l'élite française répertoriées par le
journaliste du Monde étaient futiles.
Il ne s'agit pas d'ériger l'approche américaine en
modèle.
Les manquements moraux sont trop nombreux pour que ce
soit le cas. Les tortures sous-traitées et autres
centres secrets de détention, permettent de douter de
la sincérité du discours américain. Mais au moins ce
discours, non seulement il existe, mais il a aussi
quelques effets.
Il faut écouter le diplomate américain mettre un bémol
-tout en les louant- aux réformes entreprises aux
Maroc, critiquer le modèle politique tunisien et même
affirmer qu'il était dans les cordes des services
algériens de manipuler des groupes terroristes -tout
en estimant cette hypothèse très peu probable-, pour
mesurer l'ossification du discours officiel français.
La franchise, parfois brutale, des Américains semble
aujourd'hui bien plus féconde d'une évolution
démocratique dans nos pays que la politique de
copinage française. Et c'est peut-être cela que le
livre de Jean Pierre Tuquoi expose le plus :
l'inexorable rétrécissement de l'influence au Maghreb
d'une France qui en est restée aux schémas de la
guerre froide. Il est temps qu'elle se réveille.
Par Aboubakr Jamaï
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http://www.lejournal-hebdo.com/article.php3?id_article=7443
Chirac-Mohammed VI Les liens secrets
Ce « Majesté, je dois beaucoup à votre père... »
France-Maroc : Une affaire de famille, de Jean-Pierre
Tuquoi, contient des anecdotes qui feront jaser.
Certains se focaliseront dessus pour crier au viol de
l'intimité de la famille royale. Mais là n'est pas le
propos de l'auteur. Son dernier livre est beaucoup
plus intéressant par l'image d'ensemble des relations
franco-marocaines qu'il permet de dégager. Une image
peu reluisante. Une mosaïque de corruption larvée,
quand elle n'est pas manifeste, et de croisements
d'intérêts souvent sonnants et trébuchants. Des
révélations, il y en a. Non, Jacques Chirac n'est pas
proche de Mohammed VI. La communication entre les deux
hommes serait même loin d'être fluide. Entre le Roi du
Maroc et le Président de la république française, il y
a une communauté d'intérêts.
Jacques Chirac serait même plus proche des autres
enfants de Hassan II, et plus particulièrement de
Lalla Meryem. C'est l'une des surprises du livre du
journaliste du « Monde » : La sœur aînée du Roi serait
une "tête" politique à laquelle Ce qui ressemble fort
à un aveu. En voici les bonnes feuilles.
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